HISTOIRES ET PAGES D'HISTOIRES

 

 

 

 

LA LEGENDE DU PONT DU DIABLE

C'était il y a très, très longtemps. A cette époque là, il n'y avait que trois ponts sur le Dadou : un à Lafenasse, un à St jean de Jeannes et un à Rasisse.
Comme le dit un document très ancien, je cite : C'est un pont avec une arche et fondé sur un rocher qui est à découvert dans un endroit où la rivière est resserrée dans une gorge fort étroite. Il est placé de manière que les eaux dans les crues ordinaires n’atteignent pas la fondation du pont. La voie quoique étroite est suffisante pour le pays. Pour aboutir au pont, il faut descendre du coté d'Alby, une montagne fort escarpée et à la descente fort difficile. C'est cependant un débouché nécessaire pour les communautés de la montagne.
Voilà pour l'histoire, la vraie !
Mais tout le monde le sait, le Dadou est un ruisseau au tempérament fougueux, imprévisible et au fil des siècles, le pont de Rasisse a été fréquemment emporté par les eaux.
La mémoire des hommes n'est pas toujours rationnelle, qui se compose, les ans passant, de souvenirs, mêlés de croyances et d'autres choses qui aujourd'hui nous dépassent. Ainsi, il y a des siècles et des siècles, les âmes simples de cette époque, voyaient par exemple, dans les caprices de ce petit ruisseau, devenant brusquement torrent impétueux, le bon vouloir d'une main obscure. Que voulez vous ! C'est ainsi que naissent les légendes.
Voici donc l'histoire du pont du Diable, telle que me l'a racontée il y a fort longtemps le vieux Françoisou, mon voisin, qui la tenait de son grand père, qui lui, la tenait de son pauvre père. C'est dire si ce récit ne peut être que véridique !
Il y avait donc à Rasisse un pont qui n'avait souvent de pont que le nom. A quelques arpents plus bas, bien protégé par le castel seigneurial dont il dépendait, se trouvait un moulin. Peut être le plus ancien de la région. Il avait deux meules, une pour les bléds et une autre pour faire l'huile. Les hommes de cette époque ne ménageaient pas leur peine et afin d'amener l'eau pour faire tourner les deux roues à aubes, ils avaient creusé un tunnel sous la montagne. Ainsi, contrairement aux autres moulins placés sur de tout petits ruisseaux, celui de Rasisse pouvait tourner même en période de grande sécheresse. Le Dadou fournissait toujours assez d'eau pour remplir la payssière. Et il était protégé des grosses crues par une porte à l'entrée du souterrain.
Il y avait aussi bien entendu, un meunier. Vous avez sans doute entendu parler des meuniers ? Ils avaient autrefois la réputation d'être près de leurs sous et même un tantinet voleurs. On raconte que lorsque qu'ils prélevaient la cote part de grain pour se payer de leur travail, ils avaient la main un peu lourde. Et le meunier de Rasisse, dont je tairai le nom,( il était de ma famille), faisait parait-il partie de cette catégorie là. Notre meunier donc avait toute la clientèle du Travet qui descendait par le vieux chemin de la tine, et il aurait bien aimé avoir aussi toute celle de Montcouyoul. Mais pour cela il fallait pouvoir passer le Dadou.
Un jour, que le meunier assis sur une une grosse souche, sousquait près du vieux pont, une nouvelle fois emporté par les eaux, il vit venir à lui un monsieur, mais quelqu'un de pas d'ici, un homme bien mis, portant beau, un monsieur de la ville quoi ! Qui lui dit :
Alors mon brave que vous arrive-t-il, vous avez l'air bien préoccupé ?
Méfiant, le meunier lui répondit : Je ne vous ai jamais vu ! Vous êtes qui vous ?
N'ayez crainte mon cher, je ne suis qu'un passant qui passe. Mais je sais que vous avez des ennuis, et je peux peut être vous aider.
Ah, pour avoir des ennuis répliqua le meunier, j'ai des ennuis. Ce put....ce foutu pont vient encore de s'effondrer et les quelques clients que j'avais de Montcouyoul ne peuvent plus m'apporter le grain !
Je vois, dit le monsieur bien mis, en somme vous cherchez quelqu'un pour reconstruire le pont et ainsi gagner plus d'argent ? Topez là mon brave, je suis votre homme ! Il faut que je vous sachiez meunier que j'ai de grands pouvoirs et que je peux reconstruire ce pont en une nuit, avant que le coq ne chante ! Je ne pose qu'une seule condition : Vous avez une fille, elle est jeune, très belle, en contre partie du pont , vous me là donnez en mariage !
Le meunier se trouva devant un choix difficile. Sa fille unique, il l'aimais tant et la voir partir, surtout avec un inconnu, lui arrachait le cœur. Mais d'un autre coté, quel avenir pour le moulin, si tous les paysans de la montagne venaient moudre à Rasisse!
Alors, sur un coup de tête, sans réfléchir et sans en parler à sa femme, aveuglé par l'appât du gain, le pauvre meunier accepta le pacte insensé.
Quel naïf ce meunier me direz vous ? Mais qui un jour n'a pas succombé aux promesses de gens importants et prétendant avoir beaucoup de pouvoir ? De plus, à cette époque, on croyait facilement aux hommes providentiels se disant doués de forces occultes et capables de résoudre tous les problèmes, même les plus difficiles !
Lorsque le meunier, revenu à sa maison, apprit à sa femme et à sa fille les termes du contrat, inutile de vous dire comment cela fut accueilli.
Malheureux ! lui dit sa femme, tu n'a pas compris que tu viens de passer un pacte avec le Diable !
Il faut savoir qu'en ces temps anciens, Satan se manifestait et apparaissait beaucoup plus souvent qu'aujourd'hui. Encore que de nos jours, vous en conviendrez avec moi, c'est souvent sous les traits d'un beau parleur que se cache peut être le malin....... et surtout les ennuis.
Néanmoins, un contrat est un contrat, même pour Lucifer. La nuit tombée, le Diable, puisque il s'agissait bien de lui, aidé de tous les diablotins à son service, entrepris de reconstruire le pont. Une grande agitation s'empara de Rasisse, dans un bruit infernal et à un train d'enfer. A tel point que les habitants du Travet, réveillés par le vacarme , étaient descendus jusqu'au Besset pour voir ce qui se passait.
Pendant ce temps, au moulin, la meunière et sa fille en larmes priaient Dieu, la Vierge et tous les saints du paradis de venir à leur secours. Quand au pauvre meunier, conscient de l'énorme erreur qu'il avait commise, la tête entre ses mains, il se tourmentait l'esprit pour trouver un moyen de sortir de se mauvais pas.
L'aurore n'était pas loin. Le Diable et ses Diablotins redoublaient d'effort, lorsque soudain …...........Le coq se mit à chanter.......
.Le pont n'était pas terminé et donc Satan avait perdu son pari.
Le brave homme de meunier, ayant retrouvé tout son bon sens, avait simplement réveillé le coq à l'aide de torches, pour le faire chanter avant le lever du jour.
Alors, de colère et de dépit, avant de quitter Rasisse, le Diable voulut se venger du meunier. Il se mit à jeter des pierres en direction du moulin, et vous connaissez la force de Satan lorsqu'il est en fureur. Mais protégé par les prières des deux saintes femmes, les rochers tombèrent tous dans le ruisseau ou passèrent par dessus le château, jusqu'à l'autre rive du Dadou.....ou ils sont encore.
Le pont ne sera jamais reconstruit. Le meunier de Rasisse n'aura pas la clientèle de la montagne, qui va aller, bien plus tard, au moulin des Cabanes. Mais il avait gardé sa fille, son honneur et trompé le Diable !
Et si vous ne croyez pas à cette histoire,... Je peux vous l'affirmer, pour les avoir vues, de mes yeux vues, les restes du pont sont toujours là. Ils se trouvent à quelques centaines de pas, en amont du barrage...... sous trente mètres d'eau !
Vous pouvez, si bon vous semble, aller toujours vérifier. ….............................................................................................................................................................................................................

Dans toutes les légendes il y a bien souvent une petite partie de vérité. J'ai cherché dans les vieux grimoires empoussiérés des archives un reste d'histoire. Et voilà ce que j'ai trouvé :
1/ Premier texte : L'assemblée paroissiale réunie devant l'église, le 12 mai 1661, supplie le diocèse d'Albi de faire le nécessaire en vue de la restauration du pont de Rasisse. Il y a à Rasisse un pont en très mauvais état qui menace ruine et à peine s'y peut passer, s'y étant perdu beaucoup de bestial, tombé dans la dite rivière. Le Diocèse y trouve intérêt à cause que c'est un grand passage très fréquenté pour le commerce du Bas Languedoc avec Albi , Montauban et autres villes du Rouergue qui sont contraintes avec pertes de temps et à grands frais de prolonger leur chemin et passer en autres endroits et passages, et aussi ce pont sert à toute la montagne pour aller à la ville d'Albi et autres lieux. Le pont est sans anthes(1) et rasé jusqu'au pavé. Les arceaux sont rompus en certains endroits, des charrettes, bœufs et chevaux ont étés précipités en bas. (1) anthes : parapets.
2/ Un autre document de 1786 : Supplient humblement, les consuls du Travet, vous remontrent que le pont qui est dans le consulat du Travet moityé et l'autre dans le consulat de Moncoquu au Diocèse de Castres sur la rivière de Dadou appelé le pont de Rasisse est ruiné en telle sorte que s'il n'y est remedy bien tost la ruine causera la chute de l'arcade d'ycelui. Qu'on averty aussy les consuls dudit Moncouquu ont remontré la mesme chose aux députés de l'assiette à la Diocèse de Castres. Ce considéré vous plaira messieurs tels que vous semblera pour procéder à la visite et vérification de la ruine dudit pont puis après par vous estre ordonné ce que raison. Cunhasse consul.
3/ Troisième texte : D'après la revue Albia Christiana : en 1790/91 après la constitution civile du clergé, les abbés Pujol et Guy de Roquecourbe, pratiquaient clandestinement leur ministère dans notre région. Ils avaient dit la messe à Castagné de Montcouyoul et, dit le chroniqueur : Ils furent appelés pour aller voir un malade à Teillet, endroit où tout était révolutionnaire. En y allant on les fit passer par un pont de bois qui causait plus de peur que la guillotine. Et la revue de 1910 ajoute : Un passage était aménagé en amont de Rasisse, le Dadou enserré par de véritables murailles de schiste, prend en ce lieu, les allures d'un torrent et ce n'est point sans une certaine frayeur, que le piéton s'engage sur les poutres qui relient les deux rives.
L'abbé Guy et son compagnon durent passer le Dadou sur cette passerelle pour aller à Teillet .
Le vieux pont de pierre, peut être datant des Romains, était détruit depuis longtemps et réduit à quelques poutres branlantes. Un nouveau pont en ciment fut construit dans les années 1930 , quelque dizaines de mètres plus haut que le pont du Diable.
Aujourd'hui, ils dorment tous les deux, jusqu’à la fin des temps, au fond du barrage de Rassisse.

 

Dessins de G. Bixel extraient du livre le Travet petite commune du Tarn De J Combelles et les rochers du Diable

 

 

 

 

 

L'ÉGLISE DU TRAVET ET SES CLOCHERS
A TRAVERS LES SIÈCLES
en quelques dates


1572 : Acte de prise de possession de la paroisse du Travet. L'église est au Cayla à côté et au nord ouest du cimetière. Connue sous le vocable de St Etienne de Granmarie. Passablement délabrée : Elle n'a ni cloche ni ornements qui puissent provoquer des troubles.( Nous sommes en pleine guerre de religions).

Aujourd'hui encore, sur le plateau rocheux du Cayla, on peut voir l'emplacement de l'église primitive et le cimetière ou reposent tous nos ancêtres.
Cette église : St Étienne de Grammarie a été construite sur une ancienne motte féodale, fortification de l'an mille.

1611 : Acte d'achat par le curé Savy d'une maison et d'un jardin au lieu dit fonesail ( ou fonsoleil)(?) confrontant la grande rue, sur la grand place et longeant le grand chemin de st Antonin à Grandval. Aujourd'hui la mairie et ancien presbytère.
1623 : Mr Savy, recteur du Travet, afferme à Mr Héral, vicaire, l'église de St Etienne de Grammarie .
1642:La chapelle Notre Dame d'àl Trabet, l'église actuelle, existe déjà. Construite dans le passé par transaction entre le Curé et les habitants pour la commodité de ceux-ci (et sans doute aussi du seigneur) ! Elle est aménagée cette année là et deviendra l'église paroissiale.
1696 : Sépulture de François Alibert dans l'église du Cayla, qui sera désormais abandonnée.
1700 : Visite pastorale de Monseigneur Le Goux de La Berchère. L'église du Travet dédiée à St Etienne, est en très mauvais état. Il est fait mention d'un clocher sur le pignon du couchant, ne dépassant guère le toit de l'église, surmonté d'une croix, avec une cloche de deux ou trois quintaux. Qu'est devenu cette cloche ?....Brisée et fondue à la révolution ? Ou jetée dans le gourg nègré comme le veut la légende ?

Cette représentation de l'église primitive a été reconstituée par infographie et suivant les indications consignées lors de la visite de Monseigneur le Goux de la berchère en 1700

(clic sur les photos pour les agrandir)

1805 : Achat de la petite cloche

Le curé était Mr Huc qui avait refusé le serment à la révolution . Après quelques années d'émigration il avait été amnistié et était redevenu le curé du Travet. La cloche avait été fondue par un certain Pierre Bezançon fils cadet d''Albi. Le parrain était Antoine de Corneillan et la marraine Jeanne de Bonnes son épouse.

1852 : Il est fait mention d'une grosse cloche pour l'église du Travet.
Comme cela se fait à cette époque, la cloche est fondue sur place. On coule l'airain dans le moule, tout le village est là ! Hélas, il manque du métal pour faire les anses. Qu'à cela ne tienne, on perce des trous dans le haut de la cloche, on adapte vite fait des crochets en fer et on la suspend à un arbre pour la faire sonner. Les Travetois fêtent l’événement et la cloche fera ainsi son office pendant quelque temps.

C'était l'époque du Curé Rossignol. Il était parent du seigneur du Travet et habitait au chateau.Il eut d'ailleurs une fin tragique.
mais revenons à la cloche: elle est très vite fêlée et il faut la refondre. On fait alors appel à un fondeur réputé d'Albi Mr Boutet. Le Parrain et la Marraine sont Mr et Mme Alexandre de Corneillan.

1874 : C'est l'époque du Curé Foulché. ( on peut voir son tombeau au cimetière). Il fit faire d'importants travaux de réparations à l'église : agrandissement du cœur, achat des vitraux et du chemin de croix, réfection du clocher. Au nouveau clocher, on donna une hauteur d'environ 18m, proportionnée à l'église. Il fut couronné d'un dôme ou clocheton qui lui donna un aspect particulier.

Reconstitué ici par infographie suivant des dessins d'époque, le clocher s'inscrivait dans le style de toutes les églises reconstruites dans les années 1850/1870.
Il y avait un peu plus d'aisance dans les campagnes.Avec l'apport de la chaux et de nouvelles méthodes de culture,les rendements agraires avaient notablement augmenté, . Les nobles terriens sont un peu plus riches et deviennent les bienfaiteurs des paroisses. L'église elle-même est à l'apogée de sa puissance et de son influence.


1882 : La foudre frappe le clocher. Rose du Cabalou qui sonnait les cloches pour éloigner l'orage, a été fortement commotionnée. Elle est parait-il restée plus d'une heure avant de reprendre ses esprits. Hélas ! l'orage a aussi endommagé le clocher.
1891 : Le vent et le temps ont fait le reste, il n'y a plus d'ardoises au clocheton. Les réparations furent effectuées, et pour les payer le conseil de fabrique augmenta le prix des places à l'église.
1905 : Nouvelle réparation au clocher, financée grâce à une subvention du conseil municipal.
1920 : Lors de sa visite , Monseigneur Céserac , trouve une église en très mauvais état : la voûte, les murs, et le clocher menacent de s'effondrer. L’évêque ordonne la remise en état. Un an après, la voûte est refaite, les contreforts extérieurs dressés. Quand au clocher, miné par l'humidité, la flèche au clocheton a dû être abattue. Le Curé Cahusac écrit à l’évêque : La cherté des matériaux et du bois en particulier, le prix exorbitant de la main-d’œuvre, n'a pas permis de reconstruire le clocher tel qu'il était, mais tout est consolidé et il sera facile, de le remonter, le jour ou les ressources le permettront. C'est ainsi que le clocher fut reconstruit avec un toit à deux pentes , couvert en tuiles et surmonté d'une croix. Bien que très simple, il ne manquait pas de charme.
Toujours reconstitué ici par infographie à partir de photos et dessins d'époque, ce clocher s'intégrait parfaitement aux toits de tuiles du village.

1951 : Mais les malheurs de notre église n'étaient pas finis. Le clocher prenant de l'âge , ce sont les murs qui menacent de s'effondrer. Il fallut le ceinturer, ce qui n'améliora pas l'esthétique. Il était impossible, financièrement, de reconstruire la flèche primitive. On opta pour un compromis plus ou moins réussi et qui d'après les témoins de l'époque devait s'insérer dans la lignée des clochers de St Jean de Prémiac et de Montroc.
Son style n'a pas fait, loin de là l'unanimité, mais finalement les Travetois ce sont habitués à leur clocher. Et puis les carillonneurs se faisant plus rare c'est la fée électricité qui les remplaça et les cloches continuèrent à rythmer la vie du village. C'était le plus important!

1994 . Après un demi-siècle de bons et loyaux service, le clocher a vieilli. Le béton du clocheton et de la balustrade se délabre et menace la sécurité des passants. Avant la construction d'un nouvel édifice, la municipalité organise une consultation démocratique auprès des habitants et c'est le traditionnel et commun clocher pointu couvert d'ardoises qui est retenu. On ne peut pas dire que ce soit le choix de l'originalité!
Le vieux clocher de l'époque du curé Foulché, il y a 120 ans, ne sera donc jamais reconstruit.
Les cinq clochers ont marqué de leurs empreintes près de 400 ans d'histoire du village du Travet



L'évocation des clochers de notre sanctuaire, ne sont qu'une petite partie de l'histoire de l'église du Travet. La mémoire collective et surtout les textes anciens en notre possesssion, attestent de la longue et passionnante histoire des églises du Travet .

 

 

 

LE DESERTEUR


Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut être
Si vous avez le temps.

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir.

Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer de pauvres gens.

C'est pas pour vous facher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter.

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants.

Ma mère a tant souffert
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers.

Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On a volé mon âme
Et tout mon cher passé.

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins.



BORIS VIAN (1920/1959)

 

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:


Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir.

S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président.

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourrons tirer.

Ce poème a été écrit par Boris Vian et chanté en 1954 par Mouloudji, après le désastre de Diên Biên Phu, la fin de la guerre d'Indochine et le début de celle d'Algérie. Cette chanson sera interdite jusqu'en 1962. Elle sera ensuite interprétée par la plupart des chanteurs célèbres. Elle deviendra l'hymne préféré de tous les pacifistes, comme celui des objecteurs de conscience.
L'objection de conscience est un acte personnel de refus d'accomplir certains actes allant à l'encontre d'impératifs religieux,moraux ou éthiques dictés par sa conscience.Ce refus peut aller jusqu'a désobéir aux lois.
De la guerre de 1914 à celle d'Algérie , ils ont été nombreux à refuser de porter les armes. Durement réprimés, jusqu'à la prison, le bagne et même la mort pendant la grande guerre.

Mais ce n'est pas qu'à notre époque que l'on parle d'insoumis ou de déserteurs. Dés 1800 avec les guerres de la révolution, celles de Napoléon ou de la restauration, le nombre de réfractaires ne fait qu'augmenter.
En fait le refus de porter les armes, est apparu avec l'institution du service militaire obligatoire. Revisitons un peu l'histoire.

L'armée de l'ancien régime était constituée de mercenaires souvent étrangers. C'est le cinq septembre 1798 à la révolution que le général Jourdan fit voter la loi sur le service militaire.
Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie . Hors le cas du danger de la patrie, l'armée se forme par enrôlement volontaire et par la conscription.
La conscription est le recensement de tous les jeunes hommes de vingt à vingt cinq ans. Est aussi institué le conseil de révision, présidé par le Maire de la commune et un officier de santé il désigne ceux qui sont aptes au service armé. Mais bizarrement, seuls 35% sont incorporés. Et pourtant, le pays étant constamment en guerre, il fallait toujours plus de chair à canon, mais il est vrai que l'engagement pour le service militaire était de cinq ans.
. La révolution de 1789 en décidant d'une armée citoyenne n'allât pas jusqu'à l'égalité de tous les citoyens. et pour désigner les valeureux combattants, on n'avait trouvé rien de plus simple que le tirage au sort. Ce système dura pratiquement jusqu'en 1905.
Ceux qui avaient les moyens pouvaient s'acheter les services de remplaçants, les pauvres, eux, n'avaient d'autre choix que de se soumettre, ou de refuser de partir en se cachant et devenir des déserteurs. Tous les insoumis ne l'étaient pas pour des raisons de conscience. La plupart refusaient de partir parce qu'ils ne voulaient pas quitter leur famille, cinq ans c'est long! et surtout, parce qu' il fallait des bras jeunes et forts pour travailler à la ferme.

Et être déserteur pouvait coûter très cher. Voyez, en suivant, quelques exemples de cas d'insoumis du Travet.

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Albi le 4 sptembre 1812

J'ai l'honneur de vous adresser le signalement de Combes (Barthelemi ) déserteur du 16° régiment de ligne, Je vous prie Monsieur de vouloir bien respecter à l'égard de cet individu les dispositions de l'arrêté de Mr le préfét du 1r mars 1800

 

J'ai l'honneur de vous saluer
L'auditeur sous préfét du chef lieu

De Bayne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis instruit Monsieur que le nommé Aussenac François conscrit insoumis de 1806 de la commune de Sénégats et Trébisi, réside avec sa mère et ses frères dans votre commune à la métairie de las Mauquetes.
Je vous prie Monsieur de faire arrêter su le champ cet individu ou de le faire représenter volontairement.
Je dois vous faire observer qu'il est pris note de cet avis dans les bureaux de la préfecture et que si l'insoumis que je viens de désigner ne rentre incéssament dans le devoir, il sera porté en addition des réfractaires ou déserteurs de votre commune, que ce seul motif y déterminera l'envoy de la colonne mobile et des détachements des Garnisaires avec d'autant plus de raison qu'il y ait un véritable recelement bien plus blamable sans doute puis qu'il a pour objet un conscrit étranger que s'il concernait ..........

Albi le 13 janvier 1813

J'ai l'honneur de vous informer, monsieur que le capitaine de recrutement vient de m'adresser le controle de poursuite individuelle de la classe de 1813 concernant le nommé Avisou (Simon) conscrit de cette commune, qu'il a dénoncé à Mr l Préfet, comme n'ayant pas obéi à l'ordre de départ et dont il a provoqué la condannation comme réfractaire.
Je vous invite, monsieur, à prendre toutes les mesures que vous jugeres convenable pour que cet individu rentre volontairement dans le devoir, ou qu'il soit arrêté dans le plus bref délai possible. C'est le seul moyen d'éviter à votre commune les frais de garnisaires qui seront sans doute anvoyés au domicile de cet individu.

J'ai l'honneur de vous saluer avec considération
L'auditeur sous Préfét du chef lieu
De Bayne

 

 

 

 

1944.............2014

RAVIVER LA MEMOIRE

20-21-23 juin 1944
trois jours qui ont marqué notre région.

 

Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.
La formule vaut aussi pour l'histoire: Des faits et témoignages nouveaux et tout et à refaire.
Raviver la mémoire revient à la une!

 

Tout d'abord, un peu d'histoire :

1939 : Les anciens de la guerre de 14 étaient encore là pour raconter leurs exploits et leurs souffrances à leurs fils de vingt ans qui les écoutaient, comme les fils écoutent les pères, avec déférence mais aussi condéscendance. Ils ne savaient pas les malheureux qu'ils ne leur restaient que quelques mois de paix.
Le 3 septembre 1939 la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne. Pendant huit mois c'est ce que l'on appelle la drôle de guerre, les armées se font face sans se battre. Le 10 mai les Allemands envahissent la Belgique. Le 16 mai ils franchissent la Meuse à Sedan. A peine commencée la guerre est déjà finie. Les Allemands sont maîtres de la France.
Le 17 juin Le maréchal Pétain devient chef du gouvernement et demande l'armistice. Le 18 juin de Londres Charles De Gaulle lance l'appel à la résistance. Comme lui, quelques rares Français refusent l'armistice et la collaboration, des foyers de résistance s'organisent un peu partout.
Le pays est partagé en deux : au nord la zone occupée par l'armée Allemande, au sud la zone libre . La vie devient difficile pour tout le monde. On manque de tout, de nourriture d'abord et de bien d'autre chose comme : vêtements, pneus pour les vélos et même et surtout de tabac (les Travetois feront pousser du tabac dans leur jardin) . Il était interdit de posséder une arme et au lieu de rendre les fusils de chasse aux autorités, les chasseurs du Travet les ont enterrés dans le jardin, bien graissés et bien protégés. Une grande partie de la production nationale était remise à l'occupant. Même et surtout, les campagnes étaient soumises à la réquisition, blé, veaux , cochons, partaient nourrir l'armée Allemande. L'administration délivrait, en fonction des situations familiales, des bons d'achats aussi bien pour la nourriture que pour les biens matérièls. S'organise alors des économies parallèles : la première, faite de troc, comme par exemple un pneu de vélo contre deux livres de beurre. La seconde, sévèrement condamnée , appelée marché noir . A cause de la pénurie, certains profitaient de la situationt et n'hésitaient pas à faire surpayer (au dessus du prix du marché) nourriture et autres besoins essentiels.

Et au Travet que se passait-il : Comme partout la population était partagée , il y avait les partisans du Maréchal et........ les partisans du Maréchal . Comme partout on chantait Maréchal nous voilà ou Catholique et Français toujours!............... Mais qu'aurions nous fait à leur place ?
La guerre était loin et bien que quelques soldats Travetois fussent prisonniers, la vie coulait tranquillement. Seule la pénurie et l'arrivée de quelques réfugiés Belges ou du nord de la France apportait la preuve du désordre dans lequel notre pays était tombé.
En novembre 1942 les alliés débarquent en Afrique du Nord et les Allemands envahissent la zone sud, ils occupent les grandes villes du Tarn.
En février 1943 une loi institue le STO : service du travail obligatoire. Il s'agit , sous couvert de permettre le retour des prisonniers, en réalité de participer à l'effort de guerre de l'Allemagne en envoyant les jeunes Français travailler dans les usines Allemandes. Cette loi provoque une réaction générale d'inquiétude et de refus. Bien que risquant d'être punis sévèrement beaucoup de jeunes concernés n’hésitent pas à se mettre hors la loi en se cachant , ou se dérobant d'une manière ou d'une autre . Quelques uns choisiront le maquis.

Difficiles d'accès , favorables au camouflage, proches des grands axes, les montagnes de l'est du département se prêtaient bien aux actions de résistance. C'est au début de l'année 1943 que les premiers maquis font leur apparition. Composés au départ de militants politiques, confessionnels , anciens militaires, ou simplement patriotes locaux refusant l'occupation et la collaboration avec l'occupant, ils sont rejoints au fil des mois par des jeunes fuyant le STO et quelques exaltés cherchant l'aventure. On les appellera les maquisards, eux seront des résistants et pour les Allemands et les hommes de Vichy, des terroristes.

Le territoire compris entre Teillet, Montroc, Rayssac, St Pierre de Trévisy, St Jean de Jeanne, sera plus tard le rendez-vous des maquis de Patrice, Armagnac, Charles ou Pol Roux, nom de code des chefs de réseau. Ils sont très peu nombreux, à peine une cinquantaine, équipés d'armes légères et encore pas pour tous . L’entraînement et la discipline n'étaient pas leur fort. Heureusement compensé par le courage de la jeunesse et l'envie de se battre.

L'état d'esprit des habitants de la région était plutôt dans l'attentisme. La vie n'était déjà pas facile, alors pourquoi se chercher des ennuis ! Les organisations hostiles au pouvoir en place étaient passées dans la clandestinité et les autoritées religieuses quasi muettes. Seul le cardinal Saliège de Toulouse eut le courage dés le début de l'occupation de dénoncer les exactions de l'occupant et la collaboration des autorités Françaises. Des journaux et tracts clandestins étaient distribués surtout dans les agglomérations, quelques uns avaient beaucoup d'humour!( clic sur.Noêl) Les habitants du Travet n'avaient que l'information du bouche à oreilles, de la presse muselée et de la radio officielle ( pour les quelques privilégiés qui avaient un poste, même à galène) où celle plus subversive de la radio de Londres . « Ici Londres,les Français parlent aux Français » terriblement brouillée était interdite d'écoute , on ne l'écoutait que le soir, la nuit venue, toute porte fermée et les fenêtres occultées par des couvertures à cause du couvre feu obligatoire. Les plus vieux d'entre nous se souviennent encore des messages sans queue ni tête presques inaudibles. Le fameux les carottes sont cuites en est le plus connu !
Ce n'est que vers le début de l'année 1944 et surtout après le débarquement en Normandie que les maquisards s'installent dans notre région et deviennent actifs. Sous le commandement de "Patrice" et de" Charles" chefs du maquis, un foyer de résistance s'organise dans le secteur de Teillet. Tout naturellement c'est le château de Grandval, bien situé et abandonné par ses propriétaire qui est choisi comme PC. Il y aura aussi des groupes du maquis à la Villedieu, à St Pierre et à St Jean de Jeannes.

Les Allemands quittaient notre région pour rejoindre le sud est de la France ou le débarquement était attendu (il a bien eu lieu le 15 août). C'était pour la plus part des supplétifs caucasiens souvent enrôlés de force, on les appelaient des Mongols. Les convois Allemands préféraient nos routes sinueuses plutôt que les grands axes propices à des attaques aériennes. C'est pour cela que la route Albi- Lacaune passant par chez nous a été si fréquentée par les troupes Allemandes. Le rôle du maquis était de retarder au maximun ce déplacement de troupe afin de les empécher d'aller renforcer les forces ennemies sur les cotes méditerranéennes.

René Ferrier de la Parranié, (clic sur Ferrié et tous les noms surlignés) Le 7 aout, René Ferrié ouvrier menuisier refaisait le poundé d'une grange à la Sémadié:
Vers 9h nous avons entendu une grosse explosion. L'après midi nous avons vu sur la route de Villefranche, à la hauteur du Baylou un convoi de camions Allemands. Nous ne nous sommes pas fait vieux dans les parages, car nous ne savions pas où ils allaient. On a su plus tard que le maquis avait fait sauter le pont de la Suque. Dans l'impossibilité d'atteindre Alban, les Allemands sont revenus à Villefranche, et pris la route par le moulin de Bonal et la Cabanne. (compte rendu de la destruction du pont)

Le 20,21,23 juin des combats violents se sont déroulés dans notre région. On peut voir encore de nombreuses stèles le long de la route entre Albi et Lacaune, témoins discret de l’âpreté des batailles engagées.

Ecoutons Louis Foures de la Cazelle (1): (clic sur "Foures"et tous les noms surlignés)
Je suis rentré de prisonnier en Allemagne en 1942. Déjà dans le mois de mars 44, un camion d'Allemands s’arrête à la Cazelle. Ils demandent à manger (ils avaient vu la saucisse au plafond) comme je parlais un peu leur langue ils ont été corrects, une fois rassasiés, ils saluent et repartent vers Teillet.
A l'annonce du débarquement en Normandie la résistance s'organise. Le maquis avait choisi le château de Grandval abandonné par ses propriétaires pour en faire son PC. Pour survivre ils allaient se ravitailler dans les fermes et comme ils ne payaient pas régulièrement ils n'étaient pas toujours très bien vu de la population. Il y avait un peu de tout dans le maquis : des gens qui se cachaient , des forts en gueule et aussi heureusement des patriotes. Un de leur chef était Eloi Enjalbert de Teillet (nom de code « Charles ») menuisier de son état. Le maquis avait envisagé de faire des barrages aux entrées de Teillet, mais a abandonné le projet car trop dangereux pour la population.
Le mardi 20 juin au matin je me souviens très bien, avec mon père nous aiguisions des lames de faucheuse. Deux cars d'Allemands passent devant la Cazelle et une minute plus tard, on entend une grosse pétarade. A Cantegrel quelques hommes du maquis sont surpris par les Allemands, il y a deux morts du coté des résistants. Nous avons eu peur : Il y avait des policiers d'Albi cachés dans notre maison. Les Allemands, on l'a su plus tard étaient bien renseignés et ne venaient pas dans la région par hasard. En passant à Teillet ils prennent en otage Capelle qu'ils relâchent peu après. Après le pont de Cantegrel ils se trompent de route et empruntent celle de Montroc, heureusement pour les maquisards qui ont le temps de fuir. Les Allemands mitraillent le château d'en haut, reviennent en arrière et investissent le Grandval. A la suite de toutes ces fusillades nous quittons la Cazelle
nous dit Louis Foures pour aller se cacher dans les bois de la Peyrade. C'est de là que nous avons vu passer des soldats Allemands amenant vers Teillet avec eux, toutes les vaches de la ferme du château. Une cinquantaine d'Allemands occuperont Grandval pendant quarante huit heures. Après les combats de La Tibarié, le 21juin, les Allemands incendient le château de Grandval. Il va brûler deux jours et deux nuits.

Le 19 juin une grande partie des policiers du commissariat d'Albi rejoint le maquis avec leurs armes. Ils étaient cantonné dans une grange près du village de Mon-Roc, laissés quelque peu a eux même, sans veritable commandement. En entendant la fusillade de Grandval, toute la troupe prise de peur s'est égaillée dans la nature.( Yves Bénazech).

Mais revenons au mardi 20. Dans l'après midi arrivent des renforts d'Albi. Entre les Quatre Chemins et Teillet il y avait au lieu dit la Satgarié
un groupe du Maquis . Entendant l'ennemi s'approcher, les maquisards coupent des arbres pour tendre une embuscade sur la route en contre bas. Le premier camion allemand dégage la route et essuie les tirs des résistants, mais des renforts arrivant à la suite, la bataille est inégale, tant par l'expérience du combat que par l'importance de l'armement; cinq maquisards son tués, les autres sont obligés de fuir.

Jean Louis Raysseguier(clic sur Jean louis)de la Satgatié n'avait que sept ans mais se souvient très bien de cet épisode. j'étais avec ma mère et mon grand père. Au détour du chemin,nous nous trouvons nez à nez avec un soldat allemand poursuivant le maquis. Il nous met en joue avec son fusil. Mon grand père nous dit alors ne bougez surtout pas. L'allemand constatant sans doute que nous ne présentions pour lui aucun danger, fit demi tour et disparu à nos yeux. Je n'ai jamais oublié ce fusil pointé sur nous. A la tombé de la nuit mon grand père et Brunet sont allés chercher les corps des maquisard et les ont enterres à coté de la maison de Viala.Je me souviens aussi le lendemain avoir vu passer sur la route un troupeau de vaches conduit par les Allemands.

Stèle de Teillet
Stèle de Cantegrél
Stèle du pont du Lézert

 

Ecoutons Hervé Mas de la Mouline. Il était le plus proche de Granval et il à vécu ces évènements:
Pendant l'occupation du château par les maquisards, nous n'avons jamais été embêtés, ils venaient souvant nous voir, ils étaient sympathiques. De Grandval, ou d'ailleurs ils passaient devant chez nous, sautaient le Dadou sur le pont aujourd'hui disparu, pour rejoindre Rayssac puis St jean de Jannes, où se trouvait un important groupe du maquis. Il y en avait un qui passait souvent avec une moto.
Du temps des maquisards nous avions remarqué une tombe fraichement creusée en dessous de la Torte. Ce serait parait-il un traitre que le maquis aurait exécuté. Cette tombe a disparue quelques années après.(1)
Le 20 juin dans la matinée, nous avons entendu des coups de fusils et des coups de canons, c'était les Allemands qui mitraillaient le château, du haut de la route de Mont-Roc , là où maintenant il y a le point de vue, . Les maquisards se sont enfuis et nous aussi, nous avons passé le reste de la journée et la nuit dans le bois. Le lendemain quand nous sommes revenus à la maison, les Allemands occupaient Grandval. Ils ne sont jamais venus à la Mouline et nous, nous les avons laissés tranquille.
Quand les Allemands ont attaqué le château, il y avait à Grandval Justin Soulet le métayer. Le brave Justin a eu juste le temps de prendre sa fille dans ses bras et de s'enfuir vers Bésacoul.
Le jour suivant en fin d'après midi, nous avons vu une épaisse fumée, les Allemands avaient mis le feu au château. Il va bruler deux jours et deux nuits. Les Allemands en partant, ont pris toutes les vaches par la route en direction d'Albi.

Je me souviens aussi de la journée du 22 août. On entendait les camions Allemands passer sur la route de Mont roc. En fin d'après midi, est arrivé dans notre maison René Sévérac de la Combe d'Albi. Il était gravement blessé au ventre. Ayant pris peur au passage des Allemands, il s'était enfui et s'était fait mitrailler. Il a eu le courage, même blessé de faire plusieurs centaines de mètres à travers bois, de passer le Dadou et d'arriver chez nous. Ses parents sont venus le chercher. Il est mort deux jours après . A cette époque il n'y avait pas comme maintenant des moyens de secours, et avec la guerre il était difficile de se déplacer. Je revois encore aujourd'hui le pauvre René en sang dans la maison.

1/: Il y aurait eu aussi une autre exécution du côté de Salvignane. Un jeune d'Albi peut être du Maquis et qui à été enterré provisoirement au cimetière de Mont Roc.

Le mercredi 21 Les maquisards veulent reprendre Grandval . Venant de Rayssac c'est par la route de La Vaute qu'ils vont attaquer. Pour protéger les arrières, le maquis place un groupe de 12 hommes au carrefour de la Tibarié.

« Chronique de la résistance dans le Tarn de Y Bénazech »(2) :
Soudain les résistants virent surgir, venant de Montroc une colonne Allemande forte de plusieurs camions. Les maquisards protégés par un talus attendent que les camions se rapprochent . A quarante ou cinquante mètres , le tir fut déclenché, le combat non prévu était inévitable. Le premier camion atteint alla percuter un arbre et pris feu. Hélas, le fusil mitrailleur des maquisards s'enraya dès les premières rafales . C'est à la mitraillette et au mousqueton qu'il continuent le combat......Alerté par la fusillade, « Armagnac » (commandant Galinier) et sa troupe arrivent en renfort et prennent avec succès l'ennemi à revers...... Mais les Allemands mettent en batterie un canon de 44 , un mortier de 88 et placent en plein milieu du carrefour une mitrailleuse lourde.Une traction du maquis venue à la rescousse fut criblée de balles. Le combat dura plusieurs heures. Quinze camions Allemands arrivent en renfort (cinq cents hommes) . La position devenue intenable, oblige « Armagnac » à rompre le combat en se retirant dans les bois, où les Allemands n'osèrent le poursuivre. Les maquisards ont eu cinq morts et deux blessés et les Allemands plus d'une trentaine de tués et de nombreux blessés..... Les allemands s'étant retirés nous allons déposer les corps de nos camarades dans un hangar voisin, en attendant de les conduire au cimetière de Rayssac ou ils seront ensevelis sous un nom d'emprunt.
On dit aussi qu'un vieux berger, aurait été tué dans les collines par une balle perdue.

Stèle de la Tibarié camion Allemand incendié Traction mitraillée Les corps des deux maquisard trouvés le lendemain (photos d'époque)  

. Après la bataille de la Tibarié seulement trois corps de maquisards furent retrouvés. ce n'est que le lendemain que furent découvert les deux autres, dans un bois où ils étaient venus mourir.
Pour la petite histoire, c'est au cours d'ultimes recherches le samedi 24 juin, que fut trouvé sur les lieux du combat, un portefeuille, contenant argent, papiers d'identité, photos et lettres, appartenant sans doute à quelqu'un du maquis. Quand il fallut le restituer à son propriétaire, la carte d'identité se révéla fausse et c'est par l'adresse d'une jeune fille, griffonnée sur un bout de papier, que fut retrouvé six mois après la trace du jeune homme . A la libération, il s'était engagé comme beaucoup de jeunes du maquis dans l'armée régulière............ (Cherchez la femme!!!)

Le 22 août après la bataille d'Albi (Historique de Rayssac J. Alberges)(3) :
Une colonne remonte vers nous et stationne à la Tibarié dans la nuit du 22/23 août. En passant elle sème la mort. René Sévérac , un jeune de Montroc qui travaillait dans les champs est tué.

Paulette Sévérac Mazel, avait 5 ans lorsque son frère aîné René a été tué par les Allemands. Elle nous raconte :

C'est arrivé le 22 août en fin d'après midi, René était avec notre Grand Mère, Charly mon autre frère et un domestique Espagnol, occupés à couper des fougères, en dessous de la route. Entendant le bruit d'un camion, ils ont cru que c'était le car Madaule qui remontait d'Albi. Ce n'est qu'au dernier moment qu'ils ont reconnu le convoi Allemand. Ils se sont alors cachés dans les fougères, mon frère René lui a eu peur et s'est enfui. Les Allemands l'ont sans doute pris pour un maquisard et l'ont mitraillé sans sommations. La colonne étant passée, notre Grand Mère et Charly sont revenus à la maison, mais René n'était pas là. Avec Garrigaud et Chamayou nos voisins, Papa et maman se sont mis à sa recherche dans les bois, jusque tard dans la nuit. De loin on entendait maman appeler désespérément son fils. Ce n'est qu'au milieu de la nuit, qu'ils ont pensé à la ferme de la Mouline, et c'est là qu'ils on retrouvé mon frère gravement blessé. Ceux de la Mouline l'avaient déjà soigné, il était blessé au ventre. Papa et les voisins l'ont ramené à la maison. Ils sont allés ensuite à pied chercher le docteur le plus proche, mais il a refusé de venir. C'est le docteur Clermont de Villefranche qui est enfin venu à son secours.
Au petit matin, c'est avec la voiture de Louis Jammes de Teillet qu'il a été transporté à l’hôpital d' Albi; mais il était trop tard, René va mourir le lendemain. Il avait 14 ans.
Par la suite, à la maison , nous ne parlions que très rarement de la mort de mon frère ; mais tout le monde ne pensait qu'à lui et Maman toute sa vie, a pleuré l'absence de son fils René.

( D'après plusieurs témoins de l'époque : le docteur appelé aurait répondu qu'il ne soignait pas les terroristes ; Mais le pauvre René n'était pas un terroriste, il avait fui parce qu'il avait eu peur).

 
 


En cette époque de batailles, de violence et de mort , il y a eu pourtant quelques rares moment d'humanité .

Voici le témoignage de Yolande Garrigaud des Pauquets(4) :(clic sur ( Yolande)
«  Je n'avais que 5 ans, mais je me souviens encore très bien. Ces événements sont restés gravés dans ma mémoire. Ça s'est passé quelques jours seulement avant l'incendie de Grandval. Papa était prisonnier en Allemagne, comme partout, il n'y avait que des femmes à la maison, C'était le matin du 20 juin, deux soldats Allemands sont arrivés dans la cour et demandent de l'eau . Maman seule avec les enfants, les conduits jusqu'au puits ? Là, un soldat quitte son casque, puise de l'eau et boit dedans. Ce souvenir ne m'a jamais quitté  . Ensuite chose inattendu, le soldat allemand prends dans ses bras la petite fille de cinq ans que j'étais, sous les yeux effrayés de maman paralysée par la peur. Il me tient quelques instants serrée contre lui, visiblement ému, m'embrasse rapidement sur la tête et me repose aussitôt en disant ceci : Moi aussi j'ai une petite fille comme ça, là-bas . Puis les soldats sans un mot ont quitté la maison.
Peu de temps après nous avons entendu une violente fusillade du coté de Grandval. Avec ma mère, ma tante et tous les enfants , nous sommes allées en haut des rochers des Pauquets, pour voir ce qui se passait . Les Allemands mitraillaient le château, on entendait les balles siffler au dessus de nos têtes. Alors nous avons quitté les Pauquets pour nous réfugier chez la famille dans une maison à coté de la Tibarié.
Le lendemain 21 juin a eu lieu l'attaque de la Tibarié, la fusillade a duré longtemps, une balle à traversé le bois de la porte de notre maison. C'est ce jour là que mon arrière grand père Antoine Cauquil est mort. Il était monté sur un monticule pour voir ce qui se passait, il a été tué par une balle perdu. Il était pourtant très loin du lieu de la bataille."

Le maquis avait donc son PC à Grandval, avec quelques postes alentour comme les Passadous.Les habitants du Brugas et de la Peyregrosse se souviennent de cette époque et des maquisards qui venaient régulièrement s'inviter à dîner.
Comme l'occupant Allemand, le maquis n’hésitait pas à prélever de la nourriture chez l'habitant. Les produits étaient payés avec des bons qui en principe permettaient d'être transformés plus tard en espèces sonnantes et trébuchantes. Les convictions mises à part, cette méthode de commerce n'était pas faite pour rapprocher les paysans et les résistants! Pour preuve l'aventure qui est arrivé à Poulou de Peyre. Le maquis un beau matin est venu lui réquisitionner une barrique de vin. Hors , mauvaise communication ou incompréhension, quelques jours après ce brave Poulou se rend à Grandval pour, au moins, récupérer sa barrique vide. Soupçonneux les maquisards infligent alors à Paul Peyre un interrogatoire en règle et quelques heures de cachot.
Les rares témoins de cette époque se souviennent encore de cet avion tout noir survolant à basse altitude la vallée des Passadous, laissant tomber au passage des parachutes, sans doute à l'intention du maquis. Le même avion aurait parachuté aussi à la Tibarié et à Paulin par erreur, le pilote ayant confondu une lumière intenpestive, avec des signaux. Ces parachutages, comme partout, ont alimenté (et encore aujourd'hui) l'imaginaire. En effet ces colis tombés du ciel contenaient souvent de l'argent Français et comme par hasard, quelques mois plus tard, au dire de la vox populi, il se trouvait toujours un brave citoyen des environs qui subitement passait de l'état d'économiquement faible à celui d'habitant aisé ! ...Et le Travet parait-il n'a pas fait exception à la règle ! Mais comme chacun le sait : les voies du ciel sont impénétrables !
Le 3 mars 44 a eu lieu un parachutage lancé par erreur près de Paulinet. Le pilote avait confondu une lueur intermitente avec des signaux conventionnels. Le maquis, arrivé le premier sur les lieux, récupéra le contenu. Les Allemands, avertis par une bonne âme, investirent les lieux quelque temps après et ne trouvent que des containers vides. Déçus et furieux , ils arrètent quelques civils d'Alban soupçonnés de complicité. Ils furent incarcérés à Toulouse puis déportés. Deux seulement revinrent des camps nazis. (Y Bénazech: les terroristes de l'èspérence )

Les habitants du Travet avaient subi la défaite de 1940 avec résignation. La libération fut accueillie avec soulagement certe, mais aussi avec un certain détachement, sauf pour les familles qui attendaient depuis 4 ans le retour d'un prisonnier. Simplement le portrait de De Gaulle remplaça bien souvent celui du Maréchal à côté du calendrier des postes. D'autant plus que l'abondance et la prospérité économique ont mis longtemps à revenir.
Tout le monde se doutait qu'une nouvelle époque était en train de naître. On parla très vite de l'ancien temps comme de l'âge d'or : tout était mieux avant, même les biens matériels, un produit d'avant guerre a été longtemps synonyme de qualité.
On oublia très vite les Allemands, le maquis et surtout le sacrifice de ces jeunes tombés sous les balles de l'ennemi....... mais savaient-ils eux même pourquoi ils se faisaient tuer ?
Restent comme seuls témoins de ces trois jours de juin 44, les ruines de Grandval , quelques stèles marquant une bataille et le dévouement extrême d'une dizaine de jeunes.
Le château, pillé, abandonné, n'est plus que l'ombre d'une ruine, et ce sont les fougères et les genêts qui rendent hommage et fleurissent les stèles aujourd'hui oubliées .

Incendie du château de Grandval : procès du capitaine Allemand Marz, 1948.(5)

« Le 20 juin 1944 une opération est entreprise dans la région de Teillet. C'est le lieutenant Baener assisté de l'adjudant Resner qui est chargé de l'action. Le soir une partie du détachement rentre à Castres amenant 12 prisonniers, et demandant du renfort car le maquis opposait une forte résistance. Le 21 juin au matin le capitaine Marz part avec le lieutenant Fritcher, à la tête de deux groupes de la légion caucasienne. En passant au château de Grandval qui avait servi de cantonnement aux maquisards, il laisse le lieutenant Fritcher avec un détachement, et donne l'ordre formel de mettre le feu au château s'il n'était pas de retour avant 11h. Le Lt Fritcher mit le feu à l'heure dite. Il déclare : Le capitaine Marz donna l'ordre d'incendier le château ; j’exécutai l'ordre moi-même en posant et allumant deux engins incendiaires. Le capitaine Marz reconnaît avoir donné cet ordre. »

Grandval incendié ...vue du Travet
Deux jours après le château brule toujours
(photos d'époque)
    Grandval avant la mise en eau du barrage


Bien qu'inhabité depuis de nombreuses années, le château renfermait encore entre ses murs une très riche décoration : tentures, bibliothèque, tapisseries, collection d'armes anciennes, tableaux, mobilier précieux, etc.....Souvenirs des riches heures des Caudières, Roquefeuil, Frégevile, Jean Bernard, De Charamaule, sans oublier le dernier des propriétaires et habitant de Grandval, le baron de Solignac.
Aujourd'hui, de la chambre d'honneur, du grand salon, du boudoir, de la grande galerie, de la bibliothèque , il ne reste que des cendres et quelques souvenirs. Le temps, les pilleurs et les eaux du lac de Rasisse ont achevé de les disperser.
C'est ainsi que se fait l'histoire.

 

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Merci à:
../Louis Foures originaire de la Cazelle, a aujourd'hui 98 ans, bon pied et bonne mémoire. Mobilisé en 39 , fait prisonnier a Dieppe ou il n'a pas eu la chance d'embarquer pour l'Angleterre , il sera libéré en 42 pour cause de blessure.
../Yves Benazech était policier au commissariat d'Albi et un résistant de la première heure ( Les Terroristes de l'espérance)
../Monographie de Rayssac de Joseph Alberges.
../Yolande Garrigaud (aujourd'hui Combes) des Pauquets de Montroc et la maman de Martine Rossignol du Travet.
../Extrait du jugement du capitaine Marz en 1948 au tribunal de Bordeaux, concernant l'incendie volontaire de Grandval
(Recherches de l'Abbé Marius Rigobert)
../Jean Louis Raysseguier de la Satgarié.
../René Ferrié de la Parranié 88 ans et toujours aussi agréable à côtoyer.
../Hervé Mas de la Mouline de Grandval.
../Paulette Sévérac Mazel la petite soeur de René Sévérac


Qu'il soient tous remerciés pour leur témoignage et leur gentillesse.
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Nos ancêtres..... les gaulois!

 

Tout homme normalement constitué, s'est un jour posé la question : qu'est-ce qu'il y avait avant, avant moi ? Mes parents, mes grands parents bien sur, mais avant et encore avant, c'était qui, c'était quoi ? La vogue actuelle de la recherche généalogie le prouve bien.
  Le sage chinois lui, donne une autre explication en disant : comment voulez-vous savoir ou l'on va, si l'on ne sait pas d’où l'on vient.
Remonter le temps à la recherche de nos ancêtres est passionnant , mais malheureusement limité. L'absence de documents d'état civil, arrête rapidement la quête du Graal. A part quelques familles nobles ayant, pour des besoins de reconnaissance et de succession, établis leur lignage, au delà des années 1600 il n'est plus possible d'avoir des renseignements. Et pourtant cette date fatidique ne représente même pas la moitié de notre ère.
On ne peut alors remonter le temps qu'avec d'autres moyens, qui s'appellent l'histoire et l'archéologie.
Ainsi, les plus anciens document concernant le Travet datent du XVI ème siècle, en 1572, c'est la prise de possession de l'église du Cayla .
Mais avant (toujours avant) le Travet existait, un premier indice nous est donné par l'étude des noms de lieu, à commencer par celui du village: le mot Trab est un nom Gaulois qui voudrait dire maison ou construction en bois. Et l 'histoire , (Jules Cesar lui-même) dit que les Gaulois de la tribu des Volques Tectosages, ou celle des Rutènes, occupaient la région, c'était il y a plus de deux mille ans. Plus tard elle fera partie de la province Romaine Narbonnaise.
Des noms comme, Allac, la Viale, Tauriac, indiquent certainement une occupation Romaine, à tout le moins Gallo Romaine il y a plus de 1800 ans. Et le beau nom du Cayla évoque à coup sur une fortification de l'an mille.
Mais revenons à nos Gaulois, appelés à l'origine Celtes. Tout d'abord, il faut oublier l'album Asterix et Obelix qui n'est pas un livre d'histoire et n'a été crée que pour amuser, avec succès, les enfants petits et grands. L'histoire de cette époque n'a été que rarement écrite et on ne peut la reconstituer que par la recherche archéologique.
Bien peu le savent, mais c'est ce qui a été fait au Travet il y a quelques années, (qui continue de se faire) et qui a amené la découverte au lieu dit la Gaugne à proximité du Clapier, d'une grande dalle de granit, . Il n'y a rien me direz-vous qui ressemble à une pierre qu'une autre pierre. Et pourtant, même pour un humble archéologue amateur, une telle découverte est d'une importance capitale pour approcher l'histoire de notre région.
Beaucoup connaissaient l'existence de cette dalle de granit. Ainsi Paul Berlou de Lempery, jeune garçon s'amusait, en gardant les troupeaux à enlever la mousse de sur cette pierre. Mais personne n'en percevait l'origine.
Cette dalle de granit comporte en effet sur une face, un grand nombres de cupules…. Des cupules: qués aquo, me direz-vous ?
Une cupule est une cavité creusée de main d'homme sur la face de la roche. D'un diamètre et d'une profondeur variable, son cratère est toujours très régulièrement taillé. On retrouve des cupules dans le monde entier et dans notre région principalement au bord du Viaur ou du Tarn. Personne à l'heure actuelle ne peut affirmer à quelle époque précise elles ont été façonnées. On sait seulement qu'il est possible de les associer à la période celtique, comme les menhirs, les dolmens et autres mégalithes. D'ailleurs la pierre à cupule de la Gaugne pourrait être aussi un ancien menhir. Le micro granit constituant cette pierre est de même nature que la pierre de la Thomasié et peut très bien avoir été amenée de cet endroit.
On ne sait toujours pas pourquoi les hommes de cette époque ont creusé patiemment à l'aide d'une autre roche ces cupules. Était-ce cultuel ou religieux, une forme d'art, un signe de reconnaissance marquant un territoire, un itinéraire, ou un chemin?
Mais qu'importe: la pierre à cupules de la Gaugne prouve tout simplement que les Celtes, ancêtres des Gaulois, occupaient notre région il y a trois mille ans .

Le vieux bois du Clapier, dans le domaine de la Bancalié
Une pierre de granit: 2m63 de long, 1m35 de large, de 16cm à 23cm d'épaisseur
  Après un bon nettoyage: 39 cupules de 25 à 85 mm de diamètre et de 6 à 20mm de profondeur  

( les mots soulignés cachent des photos)

La dalle de granit de la Gaugne ornée de cupules se trouve au bord d'un très vieux chemin. Ce chemin nous allons le suivre, et il va nous faire découvrir un autre morceau de l'histoire de notre région.
Ce chemin donc, on va le faire partir de St Jean de Premiac (1) dans la commune de Roumégoux, site gallo romain reconnu, il traverse le Lezert ou on peut encore voir les restes d 'une vieille planque (passerelle). Remontant à travers bois, il passe à coté des imposantes gaugnes , qu'il a sans aucun doute contribué à creuser au fil des siècles, ou des millénaires, en guidant le ruissellement de l'eau.
A mi-pente il côtoie la pierre à cupule. Longeant les Mauquettes, il passe à Lempery(2 ) puis par le lieu dit La Biale (3) arrive au Travet où on perd sa trace. Au Travet, où justement ont été récemment découvert des restes Gallo-romain. Le site archéologique se situe au nord -est et a proximité de l'église, dans le champ de Pierre, pas très loin d'une parcelle appelée Allac, au bord de la route de Teillet et en dessous de la maison de Lily et Claude.
Là ont été découvert deux fragments de Tégulae. Bien sur, ces fragments ne sont que de faibles preuves, et pourtant ils indiquent la présence incontestable à cet endroit d'un bâtiment de l'époque Gallo-romaine, puisque il s'agit de tuiles de couvertures. La parcelle où ont été découvert ces fragments, de mémoire d'homme avait toujours été en prairie et n'a été labourée que depuis ces dernières années, ce qui exclu pratiquement tout apport extérieur. Bien que le terrain soit très légèrement en pente le site originel pourrait tout de même se situer plus haut, sous la maison de Lily ( qui soit dit en passant ferait une bien jolie praticienne!) où plus loin vers Falies. Deux petits morceaux d'argile cuite c'est vrai, ne font pas une construction, ils sont seulement la preuve que les Romains, ou Gallo-romains habitaient le Travet il y a près de deux mille ans.
Continuons notre chemin; Ce chemin si vieux que les celtes l'ont marqué de Cupules et les Romains de leur pas, devait quitter le village en suivant comme de coutume les crêtes. Il existe ou existait un ancien chemin partant du Travet et rejoignant Rasisse  : le vieux chemin de la Tine que tout le monde a connu, creusé au fil des millénaires, autant par le passage des roues de charrettes que de la main de l'homme. et qui depuis quelques mois n'existe plus.
A l'époque Gallo-romaine, Rasisse en tant que lieu-dit n'était peut être pas connu. ( Le château n'est venu que plus de mille ans après) Mais au bord du Dadou c'était sans aucun doute un passage obligé entre autre vers le ruisseau du Dadounet et enfin les Cabanes . Les Cabanes où se trouvait d'importantes mines de fer(4). Hors, on sait que ces mines ont été utilisées par les romains, pour y avoir trouvé des lampes à huile et outils de tradition romaine.
Ce vieux chemin, on pourrait avoir la tentation de le prolonger à ses deux bouts, mais il manque des faits, des preuves et l'archéologie et l'histoire ne s’accommodent pas d'approximation.
De Prémiac cité romaine, aux mines de fer des Cabanes, le vieux chemin a ainsi tracé et écrit l'histoire du Travet.

1/ Prémiac est un site Gallo-romain reconnu. On y a trouvé bon nombres de tessons de cette époque. La terminaison romaine en ac est cette fois ci un indice réel.
2/ Lempery aurait été à l'époque un lieu à un carrefour où étaient mis en évidence des attributs de justice.
3/ La biale mot romain qui signifie à l'époque romaine le centre du village!
4/ Les mines des Cabanes existent toujours. Elles ont été exploitées depuis peut être l'époque celtique jusqu'au 19 ème siècle. Toutes sont actuellement fermées , sauf une, aux multiples boyaux, mais qui est très dangereuse à visiter. Marc Joubert de Mont-roc aujourd'hui décédé était sans doute un des seul à les connaître parfaitement.. Le mot Cabanes était utilisé autrefois pour désigner les habitations des ouvriers.

 

 

1914-2014

Le premier août 1914, dans l'après midi, les gendarmes à cheval et au galop passent au Travet comme dans toutes les communes du canton pour annoncer la mobilisation générale .
L'état de guerre est déclaré. On sonne le tocsin au clocher du village. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Les femmes pensent à leur mari, leur fils ou leur frère et laissent couler les larmes. Les homme eux fanfaronnent un peu, tout le monde sait que la guerre est une affaire d'homme. Mais au fond d'eux même, ils sont inquiets, ils vont devoir quitter leur famille et abandonner leur terre et la moisson. Contrairement aux affiches de propagande, ils ne partirent pas la fleur au fusil, mais résignés et le cœur serré .
Mais enfin on leur a tellement dit que cette guerre serait courte, alors bien sur ils ne seront pas là pour les battézons et rentrer le regain , mais c'est certain, ils seront de retour pour les vendanges.
Pour la plupart, ce sera la première fois qu'ils partiront de chez eux et qu'ils prendront le train à la gare de Laboutarié.
Ce sera le début de quatre années de malheurs et de larmes et la mort de plus de neuf millions d'hommes.
C'était il y a cent ans et il ne doit pas rester comme seule mémoire que les monuments aux morts. Comme le disait le dernier poilu avant de mourir il y a quelques années : «  soyez les messagers de la paix, les passeurs de la mémoire de la grande guerre, car cette tragédie ne devra jamais être oubliée, sinon elle risque de recommencer ».
Au Travet toutes les personnes qui avaient vécu la déclaration de guerre, aimaient rappelé l'émotion et les larmes de la population quand les cloches ont sonné le tocsin de la mobilisation. L'émotion a été la même à la fin de la guerre, le jour de l'armistice mais les cloches ont carillonné de joie.
Chaque famille avait un de ses hommes au front, sinon deux et quant le glas sonnait, tout le monde sortait sur le pas de la porte en se posant la question : qui est-ce ? Avec l'angoisse au cœur et la peur au ventre, redoutant de voir arriver au bout du chemin les gendarmes, le maire et le curé venant annoncer la terrible nouvelle.
Il ne restait plus dans les fermes pour faire le travail que les femmes, les vieux et les enfants. Le temps n'était plus seulement rythmé par les saisons et l'activité de la ferme, mais par l'attente du facteur et l'envoie des colis aux soldats.
Au Travet comme ailleurs, la guerre a été assumée au front par les hommes et à l'arrière par les femmes.

 

LES HOMMES DU TRAVET AYANT PARTICIPE A LA GUERRE DE 1914

Mobilisés dans la territoriale.
(plus ou moins loin du front, parce que trop âges)
Saint Pol Henri le village, Combes Joseph Lamicalié, Berlou Louis Costes Auriès, Payrastre Prosper Lamicalié, Astier Baptiste Lamicalié, Calmet Germain Lamicalié, Biau Frédéric village,Fabre henri le Clapier, Cassan Casimir Lamicalié, Biau Casimir Lamicalié, Espérou Charles Le Cayla, Espérou Albert Le Cayla

Mobilisés dans la réserve (rappelés)
Gasc Louis Costes Auriès, Resseguier Germain Le Clapier, Bonafé Germain Costes Auriès, Jammes Paul Falies,
Santfons Albert la font d'el Rous, Berlou paul Lamicalié, Combelle Félix Village,Marc Charles village, Esperou Léon
Payrastre Paulin la Magrié, Peyré Paulin village, Combes Joseph Lamicalié, Durand Auguste village.

Service militaire et mobilisés entre fin 1914 et1918
Jammes Charles la Peyre Grosse, Moulis Joseph village, Sévérac Justin Lamicalié, Barthe valentin Gourgouriat
Séverac Elie Lamicalié, Roumégoux François Lamicalié, Rossignol Sylvain Le Brugas, Astier Benjamin Lamicalié
Bardou Joseph Faliès, Fabre Victor Rasisse, Durand Paul village, Saint Paul Hippolyte village, Avisou Andre Lamicalié
Berlou Jean Costes Auriès, Berlou Paul Lempery, Pailhous Albert Les Mouquettes, Resseguier Jacques Les Mouquettes
Resseguier Paulin LesMouquettes.

Tués au cours des combats :
Jammes Charles, Sévérac Elie, Bardou Joseph, Avisou Andre, Berlou Paul, Marc Charles.

La guerre,c'est la souffrance des humbles et le divertissement des puissants.

Dans la paix les fils ensevelissent les pères, dans la guerre les pères ensevelissent les fils.

La guerre : un massacre de gens qui ne se connaisent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.

La guerre ne laisse au survivants que des cimetières à se partager.

La guerre c'est la guerre de hommes; la paix c'est la guerre des idées.

La guerre c'est l'humanité contre l'humanité, malgré l'humanité.


La prière des morts sur le plateau de Craonne écrite en 1917 par Émilien Payrastre
(de la famille des Paulin de la Magrié)

Le régiment tenait les lignes, depuis quelque jours, sur la crête nord du plateau et déjà le torrent meurtrier de mitraille qui s'abattait sans discontinuer sur les hommes avait fait du vide dans leur rang. Le fait avait été accepté tout simplement, avec la muette résignation de ceux qui assistent depuis des jours et des mois à l'accomplissement sinistre et méthodique de la besogne affreuse confiée à ces masses inconscientes de cuivre et d'acier. Quelques malheureux, mis en morceaux littéralement avaient étés enterrés sur place, d'abord parce qu'il eût été difficile de rassembler toutes les parties de leur corps, ensuite parce que la vie de ce secteur de Craonne, rendait presque impossible les inhumations en dehors des lignes. L'un deux, cependant, un petit soldat de la classe de 1917, arrivé depuis quelque jours et déjà sacrifié à la cause commune, avait été ramené, oh pas loin, cent mètre environ, en arrière et inhumé sur l'une de ces pentes les plus proches de ce morne plateau .
Le plateau de Craonne, comment le décrire? Tous ceux qui ont pu voir ces pentes labourées, retournées, criblées, ne les oublieront jamais. Pas un mètre de terrain qui n'ai été troué plusieurs fois par les obus et qui ne soit jonché de débris de mitraille. Partout des restes de bataille, des engins non encore éclatés, des casques français et allemands, des corps en lambeaux, des armes tordues, Tout cela à demi enterré. Émergent de la terre tourmentée, à fleur de sol, des gueules de canon, complètement enterrées, des sapes entières effondrées laissant apparaître des planches pourries et rougies, enfin, tous les trois mètres au plus, on buttait du pied sur un morceau de cadavre, de crâne, de main, un bras, quelques fois c'était des corps entiers qu'on rencontrait enterrés imparfaitement, ou déterrés récemment par le bombardement qui n'arrêtait pas .
C'était sur une de ces pentes les plus proches de l'ennemi, qu'on avait creusé un trou uniforme, pendant la nuit pour être moins exposé et on y avait descendu les reste d'un petit soldat de 19 ans. Hâtivement, on avait marqué la place de la tombe par une croix faite de morceaux de bois déchiquetés sur lesquels on avait mis un nom au crayon et c'est tout. Ce petit monticule abritait un cadavre de plus qui venait s'ajouter aux milliers de cadavres pareils ignorés dans cette terre de douleur et de deuil .
Et les obus faisaient rage, tombaient toujours et on continuait à vivre cette vie intense de misère et de résistance, jusqu'a la mort autour de ce plateau.
Comment aurait-on pu prendre du temps de s'occuper d'un mort ou d'une tombe ? Pendant l'après- midi qui suivi la nuit de cette terrifiante inhumation, quelqu'un vint pourtant dire un dernier adieu au petit soldat et murmurer au dessus de sa tombe des paroles d'amour et d'espérance au milieu de cet abandon forcé. C'était un prêtre soldat, son étole , passée sous sa capote et flottant au vent qui soufflait en nous apportant des odeurs fétides, était la seule marque de son sacerdoce. Il s'approcha, vivement suivi d'un infirmier, s'arrêta près du monticule de terre et commença les prières des morts dans le décor effrayant que je ne pourrais jamais dépeindre. Les obus sifflaient et venaient tomber à côté d'eux, faisant jaillir une colonne de fumée âcre et une gerbe d'éclats et de mottes de terre. A leurs pieds, le ravin se déroulait macabre, horrible. Au loin ils apercevaient le plateau défoncé qui s'étendait à perte de vue, plateau couvert jadis de bois serrés et touffus dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques tronçons d'arbres morts et déchiquetés.
L'infirmier se découvrit, s'approcha de la tombe lui aussi et dit au prêtre soldat "Fais vite, hein !" Paroles sincères traduisant l'instinct de conservation que chacun porte en soi, et qui prime tout. La guerre a le don de mettre à nu le secret et le sentiment des hommes les plus hauts comme les plus bas, les plus intéressés comme les plus égoïstes. Sous la mitraille on fait toujours un geste, on dit toujours une parole qui traduisent le cri du coeur. Pendant quelques minutes, tête nue, l'étole agitée par la brise sur son humble capote souillée de boue, le jeune prêtre pria et demanda le bonheur éternel au Maître de toute chose pour cette innocente victime des passions humaines déchaînées. Il remplaça près d'elle à la fois les êtres aimés qui bientôt le pleureront, plongés dans un irrémédiable chagrin et tous les hommes de France qui savent et qui comprennent toute l'étendue des sacrifices acceptés et faits par ceux qui les défendent.
Repose en paix, pauvre petit soldat! Que Dieu entende la voix de celui qui viens près de toi, te dire ce dernier adieu, ou mieux cet au-revoir !Qu'elle s'ouvre toute grande la porte de ta glorieuse éternité et qu'elle comprenne par son infinie bonté le sacrifice que les hommes t'ont demandé au seuil de la vie .
Sois pour nous, petit soldat de 19 ans, un interprète, un intercesseur auprès de ce Dieu tout puissant. Demande lui d'arrêter le flot de sang qui ne cesse pas de couler ! Demande lui le triomphe de la juste cause de la justice, demande lui la paix. Demande lui tout cela pour les mères de France qui pleurent et pour tes frères qui comme toi, avant d'avoir vécu, souffrent sans l'avoir mérité.
...
.Émilien Payrastre........

.
(Emilien a été tué le 23 mars 1918... son corps n'a jamais été retrouvé)

 

 

Un soldat du Travet a laissé de belles et très émouvantes lettres.
Il a décrit avec son coeur et sa souffrance tout ce qu'il à vécu pendant cette guerre.

Ce soldat c'est Paul Berlou de Lempery. Il a été tué au Chemin des Dames le 5 mai 1917
Voici les extraits de trois de ses lettres:

………………………………………….. En face les Boches n’ont pu gagner un mètre de terrain Je ne sait pas si le bombardement aurait été moins fort sur nous, ou si la position était meilleure, on a pu les arréter ça suffit ; pourtant, je vous assure qu’il est tombé quelque chose comme marmites ! Toute la division a été complètement esquintée. Le régiment a perdu près des trois quarts des effectifs qu’il y avait en ligne . Ma compagnie a perdu 79 hommes, morts blessés ou disparus en deux jours. Oh ! quelle boucherie. Depuis les attaques du début, l’acharnement n’avais jamais été si grand. Aussi je vous assure que je ne me plains pas d’avoir quitté ce maudit Bois Firmin ………. ..................................................................................... .........................................................................................
Et maintenant que vous dire de la haut, sauf que les deux nations s'y saignent avec un acharnement terrible. Ils veulent Verdun, je ne crois pas qu'ils l'aient et si jamais ils le prennent, ce sera pour eux une défaite, car le prix à payer qu'il y auront, n'aura pas de comparaison avec ce que Verdun peut leur donner, car ce ne sera qu'un nom de ville abandonnée . Comme défense actuellement Verdun n'a que des hommes , des fantassins qui subissent des bombardements et des artilleurs qui leur répondent. C'est la guerre en rase campagne qui ce fait ici. Il n'y a plus de tranchées, ce n'est que des trous d'obus..............................................
...............................................................
J'espère bien que la mémé va être contente cette fois en lui apprenant que hier soir j'ai été me confesser et que ce matin j'ai communié. Oh ! c'est que moi aussi. J'ai vu les champs de bataille de Verdun. J'ai vu l'atrocité des combats et surtout les bombardements qui s'y passent et tout cela m'a fait réfléchir. J'ai donc résolu de faire la paix avec Dieu, si on ne peut pas la faire avec les Boches . C'est ce que j'ai fait aujourd'hui..............................................

De tous ces soldats de 14 , de ceux qui sont morts et de ceux qui sont revenus, on en a fait des héros. On a presque oublié qu'ils ont été aussi des victimes. On a oublié aussi tout ceux et celles qui les ont attendu, souvent en vain. Les mères, les épouses, ces femmes, les oubliées de la guerre. Je vous propose pour leur rendre hommage et justice d'écouter ce qu'a écrit Pauline l'une d'entre elles. Pauline était la cousine de Paul Berlou et elle écrivait souvent à sa tante Philippine de Lempéry, de très belles lettres. Voici une de ses dernières, très émouvante , ou elle évoque sa détresse, la mémoire de Paul et celle de son fiancé François, tous deux emportés par la guerre.

 

 

 

UNE ETRANGE HISTOIRE!


Mon cher Bernard , je sais que vous avez gardé une âme d'enfant et que vous aimez les histoires. Surtout celles qui ne sont pas ordinaire. En voici une qui vous plaira, j'en suis sur .

C'est mon vieil ami l'Antoine qui me l'a raconté et il la tenait de Frédéric, lou fabré d'al Trabet .
La boutique du forgeron, au centre du village servait souvent de lieu de rendez-vous, avec des clients bien sur, mais aussi quelques désœuvrés et beaucoup de commérage. C'est là que se faisaient et se défaisaient les nouvelles et les ragots. Entre deux bigos aiguisés, ou au farradou, pendant le ferrage des vaches, le forgeron servait souvent, malgré lui, de confident. Surtout que la brave Philippine sa femme, n'était pas avare d'une petite goûte, façon de faire patienter la clientèle.

L' histoire que je vais vous conter, c'est bien passé au Travet, il y a près d'un siècle...Et c'est une histoire qui est arrivé à Gustou . Peut être avez vous entendu parler du Gustou mon cher Bernard?

Le Gustou n'avait pas une grosse ferme, quelques lopins de terre disséminés aux quatre coins de la paroisse, sans compter les bords des routes, qui servaient aussi de pâturages à une paire de vaches dont il partageait la vie et le lait, avec les veaux.
Le brave homme n'avait pas de femme et donc ne dépensait pas grand chose. Comme il disait souvent : le sou épargné est le premier gagné ! Et avec, les veaux vendus , un peu de lait distribué aux voisins et quelques volailles le mercredi au marché de Réalmont, finalement il ne s'en sortait pas trop mal. Même qu'il avait réussi à se mettre un petit magot sous le matelas, certes modeste, mais qui le mettait, à cette époque, à l'abri du besoin............. et qui ferait peut-être, un jour le bonheur de ses neveux !
Donc, tout allait pour le mieux pour notre Gustou dans le meilleur des mondes. Sauf qu'un certain jour, jour maudit s'il en fut, La Calliore cette brave vache qui faisait son veau par an et était la meilleure des laitières, la Calliore donc, subitement, un matin, refusa de donner son lait. Le Gustou eut beau lui doubler la ration de farine lui apporter le meilleur foin, celui qu'il gardait pour l'hiver, rien n'y fit, le lait ne revenait pas .
  Peut être se dit Gustou, quelque chose me l'a contrarié,... l'air est sur le vent d'autan et on est en période d'orages; ou alors... alors, elle a eu peur. Le vieux Gustou se souvenait de ces histoires qui se racontent dans le village : comme celle de la Marion qui à la suite d'une grande frayeur avait perdu tout son lait. Même que par la suite elle venait chercher un toupi de lait chez le Gustou tous les matins pour son aînat .
Pourquoi la Calliore une si brave vache avait-elle tari ! allez savoir avec les bêtes. !
Notre brave Gustou ayant tout essayé, mais sans succès, il lui a bien fallut se rendre à l'évidence , la Calliore avait perdu son lait !
Après avoir fait tourné deux fois son béret sur la tête comme il le faisait quant il réfléchissait très fort et que ça le rendait inquiet, il commença à s'imaginer des choses !

En ce temps là, vous comprenez Bernard , ce n'était pas comme aujourd'hui, le vétérinaire n'existait pas. Et puis à cette époque, les gens et les bêtes n'obéissaient pas aux mêmes règles que maintenant.
A cette époque aussi, tout le monde vous le dira et le vieil Antoine le premier, à cette époque il y avait des forces très puissantes et invisibles, dont on ne parlait qu'en chuchotant.
Ne riez pas Bernard, je vous en prie , on ne rit pas de ses choses là!.

Bref notre Gustou en était arrivé à la conclusion que quelqu'un de mal intentionné lui avait volé le lait.
Mais qui ? Il y avait bien le Justin de Faliès avec qui il avait eu quelques mots le printemps dernier, au sujet de quoi d'ailleurs ?.... Ah oui, à cause d'une servitude d'eau au pré de la foun. Mais c'était chose courante dans le village et sujet à de nombreuses occasions pour aller devant le juge de paix de Réalmont.
Le Léontou et le Louisou de la Miqualié par exemple, étaient des habitués. Presque tous les mercredis, pour un oui ou pour un non, ils allaient plaider. D'ailleurs, par commodité, ils partaient ensemble avec la même carriole … et revenaient le soir, bras dessus bras dessous, passablement éméchés et c'était la mule de Louisou, une brave bête comme on n'en voit plus, qui les ramenait sagement à la maison.
Mais revenons à notre Gustou. Il en était maintenant persuadé , on lui avait volé le lait de la Calliore..... Mais on ne traite pas de ces choses là comme on traite le mildiou ou on arrache les pommes de terre.......Ce sont des forces surnaturelles dont il s'agit et quant on parle de surnaturel, le bon Dieu ou le Diable ne sont pas loin !.

Bien sur, je vois à votre sourire, cher Bernard ,que vous ne croyez pas un mot de ce que je dis. Pour vous se sont des balivernes, au mieux des histoires de bonne femme. Vous vous trompez, écoutez la suite .

Voilà qu'un jour, notre Gustou rencontre le curé Cahuzac qui disait son bréviaire en arpentant le chemin des Pescayrous. Ce n'est pas qu'il était très curaillou le Gustou et Dieu l'en préserve il n'a même jamais fait parti des culs blancs. Mais là, c'était trop pressant, trop grave, sans hésitation, il exposa tous ses problèmes au brave curé.
L'abbé Cahuzac, était un curé bien de son temps, autoritaire, à cheval sur les principes, vouant aux gémonies la révolution et la séparation de l'église et de l'état et persuadé que la perte de l'ancien  régime était la cause de tous nos malheurs. Bref les curés modernes n'existaient pas encore!
Après avoir écouté attentivement les dires du Gustou, l'homme de Dieu referma dignement son bréviaire et dit doctement : Mon brave, d’après ce que vous me dites, je crois que vous êtes victime de la malédiction de Satan et.... de la malveillance d'un individu!
Mais alors Mr le Curé que dois-je faire ?
Gustou vous allez faire ceci : Le peu de lait que donne encore votre vache vous allez l’épandre dans le jardin sur un lit de paille et vous allez y mettre le feu. Et demain matin, à l'heure habituelle, comme si de rien n'était, vous allez traire vos vaches et si quelqu'un se montre au fénèstrou de la porte de l'étable, vous connaîtrez le coupable.
Le brave Gustou exécuta à la lettre les recommandations du curé.

Et voilà. !....... Vous doutez encore de mes paroles mon cher Bernard, je le vois à votre sourire narquois.....Encore un vieux qui radote pensez-vous! Et bien vous avez tort et en voici la preuve.

Le lendemain, quant Gustou alla comme tous les jours à l'étable, une heureuse surprise l'attendait : la Calliore bramait tout ce qu'elle savait.... elle avait remis tout son lait et attendait impatiemment la traite; et savez-vous qui se montra au fénestrou, aux premières heures du jour : le voisin, oui le voisin, lui si gentil, si aimable, c'était donc lui le voleur de lait............ Et ce n'est pas fini........ La vache à qui était destiné le vol de lait, et bien le voisin la trouva crevée dans son étable, le lendemain, encore attachée à sa chaîne.

Mon cher Bernard, à l'heure du modernisme, je comprendrais que toute cette histoire relève pour vous, de la plus réelle affabulation. Alors restons en là, je n'ai pas la prétention de vous convaincre . Mais le vieil Antoine et moi savons ce que cette histoire veut dire .


PS. Tous ces faits se sont vraiment passés au Travet, il y a plus d'une centaine d'années. Seuls les noms ont été empruntés à la mémoire du village.

 

 

 


Au mois de mars 1930 une exceptionnelle et très importante pluie de vent d'autan provoque une crue historique du Tarn de l'Agout et de la Garonne .
l'Agout, le Tarn et leurs affluents furent les principaux responsables de cette catastrophe qui fit 200 victimes. 3000 maisons et 9 grands ponts furent détruits. De Saint Sulpice, Rabastens et bien en aval, dans la nuit du 3 au 4 mars, des milliers de personnes dans les villes et les campagnes se sont réfugiées sur les toits. A Moissac la crue fit 120 victimes.
L'inondation de 1930 restera toujours dans les mémoires. A la suite de cette catastrophe, un comité de professionnels, propriétaires de moulins et scieries des bords du tarn, proposent une étude pour qu'une crue de cette importance ne puisse se renouveller.
En 1936 on parle déjà d'un barrage sur le Dadou pour réguler son cours et produire de l'électricité. Mais ce projet est arrêté par la guerre.
Dans les années 1948-1949 est crée le syndicat du Dadou par les maires des communes du canton de Réalmont entraînés par le minotier Mr Batigne et le conseiller général et maire de Réalmont Mr Grimal .
C'est le 8 mai 1950 que l’ingénieur en chef des ponts et chaussées Mr Brousse émet un avis favorable à la construction d'un barrage à Rassisse. Ce premier projet prévoit une retenue de 27 m de haut et une contenance de 5.950.000 M3. L'usine de surélévation ( les pompes) doit se situer à la Prade, en amont du confluent du Dadou et du Dadounet.
C'est le projet de l’ingénieur Coyne qui est retenu : barrage voûte mince et digue mur sur la rive droite. Ce type de construction est le même que le barrage de Fréjus de terrible mémoire....mais celui de Rasisse, lui, a tenu.
La construction du barrage était un événement pour le Travet. Certains comme l'instituteur J Combelle prévoyait le développement du tourisme et la création d'emplois, mais très peu de personnes pensaient comme lui . Pour la plupart des Travetois le barrage ne pouvait amener que des ennuis. D'abord des étrangers qui allaient arriver, avec tout ce que cela comporte en terme de sécurité et de tranquillité. Les vas et viens des camions, un danger pour les gens et surtout les troupeaux , qui à cette époque avaient encore l'habitude de pâturer sur le bord des routes. Et puis une vingtaine d'hectares allaient être noyées. Des fermes comme Rasisse et La Cadassarié rayées de la carte.
Cette future et immense étendue d'eau faisait un peu peur aux Travetois qui pour la plupart ne savaient pas nager. La construction du barrage était devenue le principal sujet de conversation.
Comme d'habitude, il y avait les pour et les contre ! Certains clamaient haut et fort que de toute façon aucun ingénieur digne de ce nom n'arriveraient jamais à dompter le Dadou. Et pour beaucoup ce barrage tel qu'on voulait le faire s'écroulerait au bout de quelques années!
Toutefois un seul argument rassemblait tous les Travetois: le barrage allait enfin mettre fin au problème de pénurie de l'eau. Le Travet en effet souffrait de tout temps d'un manque d'eau. Pour la consommation humaine, la lessive, l'abreuvement des bêtes, même l'hiver l'eau arrivait à manquer. On allait alors chercher l'eau dans les mares ou fontaines qui n'avaient pas taries, et même jusqu'au Dadou. Le précieux liquide était transporté sur des charrettes, dans des barriques que l'on remplissaient avec des seaux.
La qualité de l'eau n'était pas encore à l'ordre du jour, les trois quart des puits étaient pollués, quelque fois par le tas de fumier entreposé juste à côté, mais personne ne le savait, ou s'en inquiétait !
Il a fallu deux ans pour affiner le projet . Le dernier plan définitif propose un barrage de même structure mais d'une hauteur de 37 m50 et d'une contenance de 10 millions de m3 .
L'adjudication lancée en septembre 1951, revint à l'entreprise Sainrapt et Brice qui s'associe pour cette réalisation, à la Société d'étude et Travaux, de Tarbes. Le chantier fut ouvert immédiatement, en commençant par l’aménagement des routes et du site. Pour la petite histoire, les premiers m3 de sable furent amenés du Travet à Rasisse avec une charrette et des bœufs, la route n'étant pas encore praticable aux camions.
Le premier béton du barrage est coulé en Août 1952 .
Le syndicat intercommunal d'aduction d'eau
Présentation du premier projet de barrage
Avis favorable de l'ingénieur en chef de Toulouse
Expropriation des terrains
Terres du Travet

Description de l'ouvrage, d'après un document d'époque de l'entreprise Sainrap et Brice.

Le barrage comporte deux parties adjacentes :
1/ En travers de la gorge, un barrage de type voûte de 37m,50 de hauteur maximum et de 66 m de développement en crête. Son épaisseur à la base est de 4,50m et de 1,40 en son sommet.
2/ sur la rive droite avait été envisagé à l'origine soit une digue poids, soit une digue encrée par des tirants. La mauvaise qualité du terrain en surface a amené le choix du mur appuyé sur des contreforts espacés de 10 m. la longueur de ce mur est de 210 m et la hauteur au maximum de 16 m .
La cote au plus haut de la retenue est à 360 m. Le volume d'eau maximum emmagasiné est de 11 millions de m3, et la quantité de béton mis en oeuvre n'excède pas 11500m3.
C'est l'entreprise Sainrapt et Brice qui réalise les travaux.
Les installations sont des plus simples : Des silos à agrégats utilisant la pente naturelle du terrain. Une reprise des agrégats dans des wagonnets compartimentés. Une trémie à ciment en vrac équipée d'un peseur-doseur automatique et d'un chariot alimentant les bétonnières . Deux bétonnières Richer de 400 litres . Le béton est transporté dans des bennes à fond ouvrant véhiculées sur des chariots automoteurs. Les bennes sont reprises par deux grues Boilot de type centaure, équipées d'une flèche oscillante.
Il faut aussi construire un batardeau , sorte de digue provisoire, permettant de mettre à sec le lit du Dadou afin de couler les fondations du barrage.
Les travaux commencent fin août 1952.
Charly Berlou du Travet ( clic sur Charly) qui a travaillé au barrage comme chef d'équipe pendant toute la duré des travaux nous raconte :
Les premiers terrassement sont effectués à la Faurié pour monter la cantine. Ensuite c'est l'installation des silos à agrégats, des bétonnières et de la tour à ciment. Lors de la construction du batardeau, le chef de chantier aimait dire : le Dadou, je veux le mettre en bouteille !....En réalité, le ruisseau fut le plus fort et plusieurs batardeaux légers furent emportés par les crues, il fallut du béton bien solide pour enfin canaliser la rivière. La construction de la digue se faisait plot après plot. Le béton était préparé sur place par les deux bétonnières et transporté au pied des grues par de drôles de petits engins automoteurs à trois roues appelés Virevolts qui portaient bien leur nom, tant ils était maniables. Les grues déposaient dans les coffrages, le béton, qui était ensuite vibré, sans ferraillage. De grosse pierres étaient incorporées au bétonnage, elles aidaient à fixer les coffrages. Pour lier les plots, on plaçait de grandes plaques de cuivre en forme de z, qui servaient aussi de joints d'étanchéité et de dilatation. Tous les soirs le niveau de béton était lavé à l'eau et à l'air pour enlevé la laitance. Environ cinquante ouvriers travaillaient en permanence au barrage. Ils étaient pour la plupart de la région. Le chantier ne s'est pas passé sans quelques soubresauts, coup de gueules, disputes et même une grève de un mois
.Le sable , le gravier, le ciment, c'est à dire 11 500m3 sont passés par le Travet et la mauvaise route de Rasisse.
La vallée du Dadou avant le barrage (décembre52) Avec Sylvette,Guy et Serge Berlou
Du béton ...........à la digue photos A Roumegoux
Photos entreprise Sainrapt et Brice
   
photos Sainrapt et Brice 1953
      la voute en construction ............Vue du cayla 1954
Photos A roumegoux

 

Les travaux furent achevés début 1954 et la mise en eau a eu lieu le 14 mai 1954.
En ce qui concerne la mise en eau, une anecdote est à raconter. Le jour était enfin arrivé de fermer la vanne de fond à l'aide d'une plaque boulonnée. Mais avant, il fallait provisoirement la boucher en amont. Pour cela, Joseph Roumegoux, le menuisier du Travet avait fabriqué une boule en bois de plus d'un mètre de diamètre ( un vrais chef-d’œuvre) Cette boule devait être descendue au bout d'un câble et obturer l'ouverture de la vanne de fond.
Pour cette occasion, les autorités avaient réuni une belle brochette de personnalités de la région. Tout ce beau monde c'était donné rendez-vous sur la digue du barrage, afin de suivre au plus près cet événement historique. Le Dadou était en période de grande crue. La boule fut donc descendue mais arrivée à proximité de l'ouverture de la vanne et entraînée par un fort courant exceptionnel, la fameuse boule prit un mouvement pendulaire et se mit à frapper fortement la digue de béton, dans un fracas si important qu'on l'entendit du Travet! Les spectateurs effrayés, déguerpirent parait-il, rapidement de sur leur balcon. Heureusement le câble se brisa et la boule tomba au fond ou elle repose encore aujourd'hui.
Le spectacle s'était mal terminé et les spectateurs partis, ce n'est que deux jours après, que l'on tenta une nouvelle fois, cette fois sans tambour ni trompette, de fermer la vanne. Charly Berlou du Travet aujourd'hui âge de 94 ans et qui a travaillé à la construction du barrage s'en souvient très bien : C'était un dimanche, avec le chef de chantier, on a fabriqué un grossier mais solide panneau de bois, on l'a suspendu au bout d'une corde et descendu lentement le long de la digue. C'est ainsi tranquillement, que fut définitivement fermé la vanne de fond.
Pendant un certain temps, la vox populi, qui rappelons le avait promis les pires catastrophes au pauvre barrage, parla sournoisement des ingénieurs qui avaient perdu la boule !!!

 

 

LES LOUPS LES CHIENS ET LA RAGE AU TRAVET
Il Y A DEUX SIECLES

Archives communales

 

Albi le 8 aout 1814

J'ai l'honneur de vous adresser monsieur un mandat de la somme de 12 f (?) en faveur du sieur Jean Combes de votre commune à titre de prime pour avoir détruit quatre louveteaux.
Veuillez bien lui faire parvenir ce mandat.
j'ai l'honneur de vous saluer avec considération.

 

 

Ce jour, prefet du chef lieu.

De Bayne

 

 

 

 

 

 

 

 

Réalmont le 28 juillet 1818

Monsieur le maire du Travet

Monsieur.

j'ai l'honneur de vous faire prévenir que Mr le préfet vous fait passer une boite contenant un appareil pour être employé à donner du secours aux personnes mordues par des bêtes enragées, que j'ai déposé en les mains de Mr Cassan officier de santé résident en cette ville;

Veuillez Monsieur en porter connaissance à vos administrés affin qu'ils puissent y avoir recours en cas de besoin.

j'ai l'honneur d'être avec une considération distinguée
Monsieur votre humble et très obéissant serviteur.

Belot

 

 

 

 

 

 

 

 

Ordonnance de police

Nous maire du Travet, vu l'arrété de Mr le Préfét en date du 21 janvier dernier concernant les mesures à prendre pour éviter le ravage occasionné par les chiens enragés, vu encore l'arrété du 11 may 1820, avons ordonné ce qui suit:
Tous les individus qui ont des chiens, sont tenus de les laisser à l'attache pendant tout le présent mois de fevrier. tous ceux qui seront pendant l'espace de ce délai abandonnés ou trouvés divagans seront tués. Les ordonnances de police du 20 aout 1725 et21 may 1824 défendent de laisser vaguer ou errer des chiens sur la voie publique sans les accompagner, les tenir en laisse ou sans qu'ils soient museles, de les agacer ou faire battre contres d'autres chiens. De les placer en garde sous les charettes sans y être attachés. Le N° 7 de l'article 475 du code pénal prononce une amende de 6 f (?) ou 10 f contre ceux qui auront exité ou n'auront pas retenu leur chiens lorsqu'ils attaquent ou poursuivent des passants, quand même il n'en serait résulté aucun mal ni dommage. Les lois du 24 aout1790 et 22juillet 1791 imposent aux administrations municipales l'obligation de prendre pour la sureté générale des habitants , toutes les mesures de prévoyance que les circonstances peuvent l'exiger. Nous croyons devoir prévenir nos administrés que nous fairons exécuter ces dispositions dans notre commune sans la moindre considération et que nous poursuivrons devans les tribunaux ceux qui négligeraient de s'y conformer. Fait à notre mairie du Travet ce 5 février 1825

Payrastre maire

 

Au dix huitième et dix-neuvième siècle la rage était très répandue en Europe. La France était beaucoup plus boisée qu'aujourd'hui et les loups très abondants. Le loup enragé sortait du bois et mordait tout être vivant qui passait à sa portée, hommes et bêtes. Les chiens à leur tour contaminaient leur entourage. C'est pour cela que les autorités étaient très vigilantes quand à la propagation de la maladie.
Outre les peurs et les superstitions attachées de tout temps aux loups, la maladie de la rage qu'ils transmettaient n'a fait qu'augmenter le rejet envers cet animal et amener sa disparition définitive. Voir le livre de B. Beziat : Histoire de la rage dans le Tarn.
Le virus de la rage provoque une encéphalite et lorsque la maladie se déclare, il est toujours trop tard et on meurt dans d'atroces convulsions.
Le dernier cas de rage reconnu en France date de 1924, la maladie est aujourd'hui complètement éradiquée. Mais on recense encore dans le monde plus de cinquante mille cas par an.
Les vieux grimoires de médecine sont pleins de remèdes de bonne femme (1) guérissant de la rage. En voici un au hasard:
1/nettoyer la plaie avec de l'eau salée
2/mettre sur la plaie un emplâtre à base de lierre , de sel et d'ail
3/manger une omelette à l'huile de noix (!)
4/mettre du beurre fondu sur la plaie en voie de guérison.
Restait aussi la solution de s'adresser à Dieu ou à ses saints comme St Hubert.
Quand à l'appareil destiné à porter secours aux personnes mordues par une bête enragée, dont il est question dans la missive ci-dessus, peut être s'agit-il d'un outil pour cautériser la plaie .
Mais s'est à la fin du dix-neuvième que la rage a commencé à être vaincue.
Souvenez-vous du livre de lecture des années 50 qui relatait la première vaccination contre la rage par Louis Pasteur, d'un petit berger de 9 ans nommé Joseph Meister. C'était le 6 juillet 1885.
Il n'y a plus de loups au Travet et encore moins de cas de rage. …..Encore que......la dernière contamination reconnue dans le Tarn date de 2003,... sur une chauve-souris..........brrr !
Mais il y a toujours autant de chiens en liberté..... heureusement pas enragés !

(1) L'expression : remède de bonne femme n'a rien à voir avec le mot femme, mais vient du latin bonne fame qui veut dire bonne réputation.
(on parle d'un endroit mal famé )

 

 


 

 

 

LA CURBELO

C'était dans les années 50.
Peu de temps après la fin des battages et avant l'arrivé de l'automne, un drôle de bruit se faisait entendre dans les campagnes :
Un bruit métallique, entêtant, obstiné, un bruit de crécelle, se répétant de ferme en ferme,
C'était le chant de la curbelo que l'on entendait. (1)

Le grain sorti de la batteuse n'est jamais régulier, il y en a de cassé , du gros et du petit, il reste aussi de petites balles et des morceaux de paille. Ce grain destiné à la semence, doit être trié afin que tout celui qui est jeté en terre puisse germer.
Autrefois, il y a très longtemps, on utilisait tout simplement le bon vent de nos collines, mais ne partaient que les débris les plus légers.
Puis le tarare, ou bentadou est arrivé, une machine moderne à ventilateur et qui permettait de nettoyer la plus part des graines de leur partie les plus légères.
Et enfin vint la curbelo l'outil le plus parfait de l'époque. Tellement parfait que le même principe se retrouve sur les trieurs modernes d’aujourd’hui.
C'est dans les années 1940 que le syndicat communal à acheté le premier trieur ou curbelo de la marque Marot. Il était mis à la disposition des agriculteurs du Travet, et permettait de fournir des semences de qualité.
Il fallait quelqu'un pour le mener de ferme en ferme et surtout tourner la manivelle. Cet homme providentiel c’était Justin Sévérac de la Micalié qu'on appelait aussi Pierrou ( du nom de son père) ou le Peillayre parce que son père ramassait autrefois les vieux habits et les peaux de lapin.
Ce brave Pierrou était un homme grand et très fort , il avait une jambe de bois, un vulgaire pilon à peine taillé, plutôt rustique. Sa jambe il l'avais perdu à la suite d'un abcès mal soigné. La rumeur (encore en vigueur) dit qu'il s'était mutilé pour ne pas partir à la guerre de 14
Il faisait aussi office de carillonneur, tous les jours à l'angélus et le dimanche à la messe. Pierrou avait quelques arpents de terre et une vigne qu'il travaillait lui même. A propos de vin, les mauvaises langues disent qu'il lui arrivait quelque fois d'abuser de la bouteille ….et d'oublier l'angélus.
Pour déplacer le trieur de ferme en ferme on utilisait une charrette spéciale .
Tourner la manivelle toute la journée était un travail pénible. Dans les grandes exploitations, cela durait des après midi entières. La curbelo ne s’arrêtait pratiquement jamais. Et lorsque Pierrou avait envie d'un verre, il se faisait remplacer. Pour faire du bon travail, il fallait tourner la manivelle toujours a un même rythme régulier et immanquablement, le dit Pierrou n'étant pas toujours d'une humeur aimable, le remplaçant se faisait vertement réprimander,
Le curbélayré (Pierrou) était payé en nature. En fonction de la quantité de blé trié, une certaine mesure était prélevé sur le grain rendu. Pierrou qui n'avait pratiquement pas de récolte donnait ce blé au boulanger qui en retour lui fournissait une bonne miche de pain.

Pierrou est mort depuis plus d'un demi siècle, mais la curbelo est toujours là, bien entretenue, à la ferme de Lempery.
Philippe, Sylvain et Solène ont bien voulu nous faire une démonstration.
Une vieille dame, au mieux de son état ! On rempli d'abord la trémie.
Et on tourne,
on tourne!!!
L'arrivé du grain, un réglage au plus fin. le poussoir qui tressaute au passage des cames , c'est lui qui fait un bruit épouvantable.
 
Dans le ventre de la machine, les différentes alvéoles qui sélectionnent les grains suivant leur longueur et leur grosseur.
 
Un des seul réglage de la machine
suivant la grosseur des grains.

le bon grain

 

 
C'était souvent le travail des enfants
pas facile de tourner
Pierrou n'étant plus là........

( 1) Voulez-vous entendre le chant de la curbele....... / . clic sur..curbele ./

AUJOURD'HUI CHEZ ROLAND UN TRIEUR ROTATIF A GRILLES
    Une petite usine   le trieur rotatif
même la poussière est enlevée
   
Du plus vilain
au plus beau

 



FAITS DIVERS
(Nous vivons une drôle d'époque, dirait-on aujourd'hui !!!)

/ / L'an 1832 et le douze janvier à dix heures du matin, a comparu devant nous Roumegoux Antoine maire de la commune du Travet, la nommée Jeane Barthe épouse de JeanPierre Sanfons cabaretier demeurant à La Miqualié susdite commune qui nous a exposé que hyer vers les onze heures du soir , jean Pierre Huc demeurant au Cayla, gasc françois de Costes auries et Louis bardou de la miqualié étaient venus chez elle pour lui acheter des moutons, et que n'ayant pas été d'accord ils avaient demande du vin, après avoir bu deux bouteille ils sortent de l'auberge , et un moment après ils veulent y rentrer. La ditte jeane Barthe leur dit de se retirer et s'étant mise sur la porte de sa maison, Louis Combe de la Magrier qui n'étoit pas au commencement avec les autres voulut rentrer par force, et n'ayant pas pu y parvenir,un individu qu'elle n'a pas reconnu lui donna un coup de pierre et en jettat plusieurs à la porte,lorsqu'elle fut rentrée chez elle. Tous les sus nommés sont de la commune du Travet. Voilà tout ce que nous a déclaré la ditte jeanne Barthe qui s'était déjà plainte avec nous pendant deux fois qu'on lui avait jetté des pierres à la porte de sa maison dans quelques autres occasions, en foi de ce avons dresse le présent proces verbal. Signé le maire /

Il n'y a rien de nouveaux sous le soleil, bien qu'on ne jette plus de cailloux sur les portes....... en tout cas au Travet!

On apprend qu'il y avait un cabaret (un café ou bistrot ) à
Lamicalié (mais où?). Ce n'est pas étonnant parce que à cette époque, la partie haute du Travet était bien plus peuplée que la partie basse :
Lamicalié comptait 23 maisons et 81 personnes.
Le Travet 18 maisons et 75 personnes.
La commune du Travet en son ensemble comptait 66 feux et 279 habitants.

 

 

 


LE BROST

Le brost : qu'es aquo ?


Pour les étrangers (par opposition aux indigènes!) , les jeunes et ceux qui ne sont pas des familiers du patois ( pardon l'occitan !) bref , pour tous ceux qui n'ont pas vécu les années 50, ce mot ne peut être qu'une énigme.
En fait le mot brost vient du patois brostal,brot,brosta, qui désigne un fourré,une jeune pousse, une ramée, ou tout ce qui ressemble à des branches légères et bien fournies. C'est donc bien le mot le plus adapté pour désigner les fagots de branches que tous les paysans des années 50 et sans doute depuis la nuit des temps confectionnaient à la fin de l'été.
En ces temps là, les fermes étaient petites . Les engrais, et autre avancées de l'agriculture commençaient juste à pointer le bout du nez. Donc l'herbe était rare et le foin encore plus. il fallait pourtant bien constituer une réserve de nourriture pour les bêtes, afin de passer l'hiver. Alors on entreposait dans les granges, ce qu'il y avait avec un peu d'abondance et surtout qui poussait tout seul. Les feuilles des arbres par exemple et de frênes en particulier.
les hommes, armés de leur seul Faoussou (1)bien aiguisée, ébranchaient tous les arbres entourant champs et prés .
Les hommes de cette époque, qui pourtant ne savaient pas ce que le sport était, grimpaient, agiles comme des singes tout en haut de frênes de près de 10 mètres, sans cordes ni protections (le principe de précaution n'était pas encore inventé!)  et redescendaient en coupant à coup de serpe toutes les branches. Quelque fois suivant l'arbre , la situation ou l'humeur du bonhomme , il restait un fin rameau à la cime du frêne, ou quelques moignons de branche nécessaire à l'escalade présente ou future.
Quant le temps du brost était venu ,ce n'était que coups de serpe se répondant d'arbre en arbre et de vallée en vallée .Des coups qui résonnaient clairs et précis, suivis du bruit déchirant de la branche dégringolant du haut de l'arbre. Une fois toute les branches à terre, elles étaient coupées en longueur régulière ( environ 1, 50m) puis assemblées en fagots d'une trentaine de cm de diamètre .Les fagots étaient ensuite liés avec de la ficelle ou du fil de fer, mais aussi avec des liens confectionnés avec des branches fines d'ormeaux sauvages ou de Bédisse et même des repousses de chêne, choisies avec soin. (2)
Les fagots étaient ensuite mis à sécher debout trois par trois ou deux par deux en ligne . le séchage devait être fait avec soin , pour que les feuilles même une fois sèches restent attachées au fagot . Aussi on rentrait les fagots pour la nuit, afin que la rosée ne les mouille pas. Au bout de quelques jours, les feuilles étant bien sèches, mais encore vertes, on entassait les fagots dans les granges . Dans certaines fermes, suivant l’importance du troupeau, c'est par centaine que l'on faisait des fagots.

Ce brost, nourriture économique s'il en est, était utilisé trois fois !
D'abord on le donnait l'hiver aux brebis . Et les brebis adoraient cette nourriture de feuilles séchées.
Ensuite lorsque’il ne restait que les branches on mettait les fagots aux lapins, qui raffolaient de l'écorce .
Et enfin les fagots servaient à alimenter le feu de la boulidouire(3), ou celui de la cuisinière.

…..............On connaissait le développement durable et l'économie circulaire avant l'heure !

Une pratique depuis longtemps abandonnée..... Pas si sur !....... Il reste au moins deux irréductibles Travetois qui chaque année font encore du brost ! pas pour les brebis, mais pour les lapins !


Les deux Pierre ont bien voulu nous faire une démonstration !


Ils grimpent aux arbres comme à 20 ans !
un de fini !
Il a beaucoup servi !
Le frêne déshabillé
coupé à la bonne mesure

Un outil moderne pour former les fagots Le système est simple.......bien serré par des crans..................... il ne reste plus qu'a lier      

un outil plus ancien, qui servait aussi pour lier les gerbes .
On remplit 'le moule'........ et tout est prêt pour lier
     
L'art presque oublié de faire un lien avec une branche d'orme, comme autrefois
un bon tour de main pour faire la boucle
 
Et voila le travail ! Très délicate la période de séchage: ni trop ou pas assez de soleil et surtout pas d'humidité.

.................................Les brebis vont se régaler et les lapins aussi !!!.............................................

1/ serpe à double tranchant.
2/ les branches ou jeunes pousses d'orme, de saule ou de chêne, étaient les plus recherchées pour leur disposition a se tordre et a rester souple.
3/chaudière en fonte qui servait à préparer la soupe des cochons

 

LES CROIX DE NOS CHEMINS

Croix dressée à la croisée des chemins.
Croix encrée dans notre terre.
Croix s'élevant vers le ciel.
Ombre portée sur nos routes.


Les croix de nos chemins venus du fond des âges parlent encore et toujours aux vivants.
Elles sont des points de repères , des jalons, des gardiennes à l'entrée du village.
Elles étendent leurs bras décharnés comme pour mieux nous recevoir.
Leur présence remonte à tellement longtemps que l'on ne sait plus
qui du talus ou de la croix a occupé le premier le terrain.

Ces croix ne sont pas là par hasard : elles sont les témoins d'une époque et l'expression de la foi du peuple de cette époque .
L'époque c'est celle d'un siècle, celui de 1850 à 1950.
La foi c'est celle d'une communauté de croyants. Des hommes et des femmes sortis depuis peu de la féodalité, mais encore sous la coupe d'une Eglise, qui elle, est restée nostalgique de la royauté refusant totalement la république.
L'époque est encore celle du siècle des lumières et si la communauté du Travet a sans doute très peu entendu parler de Montesquieu ,Voltaire ou Rousseau, elle ne s'est, pas moins habituée aux quelques avancées démocratiques et sociales qu'a apporté la révolution.
C'est aussi l'époque dans notre pays de la première vague industrielle, l'apparition du chemin de fer et ainsi par voie de conséquence de l'arrivée des idées nouvelles. Le Travet est loin de tout cela, mais un vent de liberté souffle un peu partout , ( le vicomte De Corneillan l'apprendra plus tard à ses dépens)
Avec le développement de l'information, le début des migrations des campagnes vers les villes, un brassage d'hommes et de femmes se fait dans tout le pays, propice à la propagation de nouvelles philosophies .
Le second empire avec ses réformes, ses grands travaux, et son administration ne fait qu'accentuer le phénomène.

La religion de cette époque, elle, n'a pas changé. C'est encore pour beaucoup la foi du charbonnier , héritée de la toute puissance de l'Eglise , même si c'est une foi sincère, digne et respectable, dont un des fondements est l'obéissance à l'Eglise. Cette Eglise qui malgré la tourmente de la révolution est redevenue puissante grâce au développement économique et qui rêve de reconquête. Il est encore très difficile, voire impossible, surtout dans le monde rural d'avoir une pensée et un comportement personnel, sous peine d'être exclu de la communauté .
Le clergé catholique a bien compris que quelque chose était en train de changer ? Que toutes ses idées nouvelles et le désir de liberté du peuple allaient lui faire perdre de sa superbe et de son pouvoir. Comme à chaque grande crise (l'hérésie albigeoise , la réforme protestante etc ..) l'Eglise réagit. Mais contrairement aux autres fois, elle n'entame pas de réformes et rejette les propositions d'un Lamenais prônant un catholicisme social. Confortée en cela par ses liens étroits et le soutien intéressé de la bourgeoisie.
Pour contrer les idées nouvelles , l'Eglise se lance alors dans une vaste campagne de missions. Ces missions étaient sensées ramener les hésitants dans le droit chemin et maintenir les fidèles dans celui de la tradition.
La mission durait une ou plusieurs semaines et pour attirer du monde le curé du lieu faisait venir un prêcheur (nul n'est prophète en son pays). Ce prêcheur pouvait être un curé voisin , mais le plus souvent c'était un moine du monastère le plus proche ( ex : les franciscains d'Ambialet, ou de la Drêche). Il y avait des prêcheurs célèbres et très demandés, que les curés des petites paroisses n'obtenaient jamais ( Lacordaire étant déjà pris à Notre Dame!).
Il y avait des offices tous les jours surtout en veillées . Avec souvent des petites scénettes jouées par les enfants. Instant important de ces missions : la possibilité de gagner des indulgences. Ainsi, suivant votre degré de participation et l'importance de votre envie de sainteté, vous aviez la possibilité de raccourcir de quelques jours le délai d'attente de votre entrée au paradis..... et sur une éternité ça compte !
Mais le clou était bien le prêche ...du prêcheur. Certains étaient capables de tenir en haleine et même de galvaniser une Eglise de fidèles pendant près d'une heure. D'autres , suivant les confidences des curés, par manque de charisme ou d’éloquence ,n'étaient pas à la hauteur de leur tâche,et au bout de quelques minutes la plus grande partie de leurs ouailles avaient le nez dans le menton ! C'est que, aussi, on se levait tôt dans nos campagnes.
Mais certains prêcheurs, les bougres, maîtrisaient bien la com et savaient réveiller leur monde ! Ils haussaient lentement et dignement le ton et finissant d'une voix de stentor, promettaient de livrer les récalcitrants à Satan pour être jetés dans les flammes de l'enfer. Et les Travetois savaient ce que flamme voulait dire. Eux qui ne passaient pas une année, sans qu'un honnête paysan mette le feu par imprudence à un bois ou taillis.
Le dernier jour était une grande fête avec souvent une procession et inauguration du témoin qui devait jusqu’à la nuit des temps immortaliser pour la communauté la réussite de la mission. Biens d'Eglise: statue , tableau et croix...etc...
C'est ainsi que sont nées les croix de nos chemins.


Nous allons nous intéresser seulement aux croix et aux missions qui en sont à l'origine.  
1850 mission prêchée par Me l'Abbé Michaud curé de la Madeleine à Albi. Le curé du Travet est Mr Rossignol parent de Mme de Corneillan et qui finit tragiquement (mais ceci est une autre histoire). A l’occasion de cette mission on acheta une croix qui fut placée en face la porte de l'église, au coin du jardin.... ( à l'emplacement actuel du monument aux morts) cette croix sera modifiée et déplacée plusieurs fois.
1870 : mission de 15 jours prêchée par le père Eugène du tiers ordre St François A cette occasion on acheta la croix du chemin de Faliès.

1881 jubilé prêche par l'Abbé Pasturel. De St Paul de Barbetogne. L'Abbé Esquilat curé du Travet plante une croix de bois au milieu du nouveau cimetière. Le bois de chêne fut fourni par Berlou de Costes Auriès maire. Le socle de cette croix est une vieille meule de moulin. Cette croix en a sûrement remplacé une autre, la date de 1863 sur le socle marque bien quelque chose, même si c'est aussi l'année de l'aménagement du nouveau cimetière et il n'y a pas de cimetière sans croix. Hélas en 1897 le bois étant pourri, la croix fut renversée par le vent.
Un nouveau bois de chêne fut fourni par Paul Gasc de Costes Auries.
Le curé confectionna la croix et Soulet le maçon de Teillet bâtit le socle. Elle fut érigée en 1899 et bénite le jour de la Toussaint. Dans les années 1950 elle est remplacée par l'actuelle croix en ciment.


1893 la mission de 15 jours est prêchée par le père Salinier du tiers ordre d'Ambialet . Le curé est l'Abbé Alexandre Cahuzac. ( le dernier en titre résidant dans la paroisse jusqu'en 1933.) A la suite d'une souscription des paroissiens, on acheta un Christ (90F) pour le placer sur la croix de la mission de 1850 (en face de la porte de l'église) mais la croix n'étant pas assez solide il fallut la doubler ce qui coûta 55F , il faut ajouter une pierre venue de La Crouzette qui coûta 20F. Ensuite on déplaça le tout sur un petit terrain, à l'est de l'église que donna Mme De Corneillan. On planta des arbres et une haie de buissons que l'on clôtura d'un grillage pour empêcher les animaux de tout détruire . Les plus anciens d'entre nous se souviennent peut-être, aux années d'après guerre, du petit jardinet entouré d'une haie et la grande croix au milieu. Ce n'est que dans les années 1950 que la municipalité pour agrandir la place de l'église arracha la haie vive ainsi que les arbres, ne laissant que le marronnier, aujourd'hui centenaire. Quelques années plus tard, la grande croix, celle que nous connaissons, fut reculée jusqu'au mur dans sa situation actuelle.
La croix de la micalié date de la mission de 1922
La croix du carrefour Réalmont -le Trivalou.
Même si nous n'avons pas la date de son implantation, on sait que brisée par une charrette elle fut réparée en 1893 et que cela coûta 13 F. Dans les années 50, de nouveau endommagée elle fut remplacée par une nouvelle fabriquée par le forgeron de Teillet, un enfant du Travet et que beaucoup ont connu  : Iréné Espérou du Cayla.

D'autres croix ont disparu ou sont tombées dans l'oubli.    

Qui connaît la croix d'Albert ? Elle se trouvait à l'embranchement du chemin de Costes Auries et du Cayla. Souvent on donnait à la croix le nom du propriétaire de la terre sur laquelle elle était implantée. Ainsi la croix du chemin de Falies s'est appelée la croix de Cathala pour les plus vieux et la croix de Sudre par les plus jeunes. Personne au jour d'aujourd'hui n'a encore osé l'appeler croix de Lily !!!  

Certaines croix vivent oubliées comme celle de la Magrié . Cachée au milieu des buis il faut vraiment connaître l'emplacement pour la découvrir. Contrairement aux autres celle-ci ne serait pas née d'une mission . La tradition dit qu'elle commémore le souvenir d'un petit enfant qui se serait noyé dans un puits  

Ces croix marquaient aussi la vie de la communauté paroissiale, elles étaient le rendez-vous ou les jalons des manifestations religieuses:
Les rogations.
Le mot rogation viens du latin rogare qui signifie demander. Tombées en désuétude vers 1960 elles étaient autrefois très suivies. les rogations se situent 3 jours avant l’Ascension. C'était l'occasion d'une grande procession à travers la paroisse , avec des stations près des croix et des chants et prières implorant la protection du ciel pour les récoltes à venir.

La fête Dieu.
Appelée aussi fête du St Sacrement (instituée en 1264 par le pape Urbin IV) en commémoration de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie . Elle était célébrée le jeudi après le dimanche de la St Trinité ou soixante jours après Pâques . Une grande procession était organisée à travers la campagne et souvent de croix en croix . Le prêtre tenant haut l'ostensoir contenant le St Sacrement, à l'ombre d'un dais porté par quatre hommes de la paroisse (souvent les notables), suivi par les fidèles chantants et priants. Devant le prêtre une ribambelle de jeunes enfants en leurs plus beaux atours lançaient des pétales de fleurs qu'ils tiraient d'un panier richement décoré. Les jours précédant la fête, tous les enfants du village allaient dans les prés , ramasser toutes sortes de fleurs pour en séparer les pétales. Bien au devant de la procession, derrière la croix processionnelle en tête, défilait la grande bannière dorée, avec les grands cordons terminés par les glands que tenaient deux enfants. Au pied de la grande croix, on préparait un reposoir où l'on déposait un instant l'ostensoir contenant le St Sacrement afin que tous les fidèles puissent participer à l'adoration .

Que les plus vieux se souviennent de ses grandes fêtes religieuses d'autrefois où se côtoyaient les habits les plus riches et les plus modestes , les sabots et les souliers vernis. Avec le faste et le décorum des cérémonies et des rites religieux à la signification plus ou moins connue et surtout comprise. Tout cela dans une église parfumée à l'encens et la lumière des vitraux jouant de ses couleurs. L'église à cette époque était pleine, mais il n'est pas sur que l'attention de tous les fidèles soit toujours à son plus haut niveau, surtout aux vêpres, la chaleur aidant, certains paroissiens se contentaient, faute de suivre la parole de Dieu..... d'une parfaite sieste.

Souvenez-vous du curé Chamayou à la carrure impressionnante, dans sa chasuble d'or, entonnant de sa voix puissante à en faire trembler l'église : le Tanto ergo ou le veni Creator spiritous.

Les croix de nos chemins ont accompagné nos parents et grand parents tout au long de leur vie. Il y a guère plus d'un demi-siècle, encore quelques hommes et femmes ne passaient jamais devant une croix sans se signer.
La foi ou plutôt la pratique religieuse des hommes de ce temps était partie prenante de leur vie.
Aujourd'hui, on ne prête plus guère attention aux croix de nos chemins, à leur présence, et pourtant si on les enlevait on se retrouverait face à un désert tellement elles ont marqué les hommes et le pays des hommes.
Alors si un jour en cheminant, par chance vous passez à coté d'une croix, n’hésitez pas à vous approcher d'elle et si vous savez lui parler , la regarder , l'écouter, elle vous dira son histoire, et celle de vos ancêtres.

 

 


MOULIN DE RASISSE

GALERIE D'AMENER D'EAU

Pendant des siècles le moulin de Rasisse a fourni en farine les habitants du Travet et des alentours . Le vieux chemin de la Tine en a vu passer des sacs de seigle ou de froment.
Le plus ancien document connu à ce jour, et concernant le moulin de Rasisse, date de l'an 1624. Il s'agit du subarrentement (bail de fermage) du 14 novembre1624, passé dans le château de rasisse entre le sieur Delga "rentier de la place"(1) et Michel Barthe meunier habitant le dit moulin. Le château, ses dépendances et la ferme appartenaient à noble François de Génibrouse ( il sera assassiné en 1664).
Le moulin a trois meules , deux à seigle et une à blé. Il a fonctionné sans discontinuer, avec plus ou moins d'activité jusqu'à la fin du 20ème siècle. Son dernier meunier, en 1914 a été Paul Fabre. Du moulin aujourd'hui en ruine, il ne reste que quelques murs et un bel ensemble de meules à huile
Le moulin existait sans aucun doute avant 1600 ( l'absence de documents n'est pas une indication formelle) Il date au moins de l'époque du château de Rasisse, le moulin était un privilège du seigneur. Le château a connu la guerre de cent ans et les anglais . En 1381 une bande de routiers (mercenaires du prince noir) occupe la place.
(1) /Le seigneur n'habitait sans doute plus à Rasisse. Comme beaucoup de châtelains à cette époque il devait avoir abandonné l'inconfort du château fort. C'est un fondé de pouvoir (le sieur Delga )qui gère ses affaires./


Sortie sud côté moulin


La galerie coupe un méandre du Dadou, à l'endroit le plus étroit et alimente en eau le bief du moulin.
Creusé dans un schiste assez dur, ce souterrain est très bien conservé . Il mesure 15m40 de long, avec une ouverture de 1m70 sur 1m de large. L'entrée comme la sortie débouchent dans des tranchées de 8m de profondeur taillées dans la roche. ( les galeries avec des tranchées, sont typiques des souterrains refuges du Ségala, datants du moyen âge) .
En partie obstrué à chaque bout par des éboulis ou autres pierres amenées par le courant, la galerie est difficile d'accès et malaisée à traverser à cause de l'importante quantité d'eau qui stagne à l'intérieur.
L'entrée de la galerie (côté nord) est constituée de pierres de tailles très bien ouvragées servant à l'ouverture ou à la fermeture de la prise d'eau (par un système de glissières). Sur chaque face de la tranchée, on remarque une grande quantité d'encoches taillées dans la paroi. Les plus basses utilisées sans doute comme pré barrage, et les plus hautes servant d'appui à un toit qui aurait couvert la tranchée.
La partie sud a beaucoup plus souffert de l'érosion, le schiste étant plus friable. Quand aux encoches et saignées sur les parois rien n'indique quelle pouvait être leur utilité.

Entrée nord
Côté Dadou
Prise d'eau
intérieur galerie
Le souterrain
creusé
de main d'homme
Le trop plein du bief
Le dadou en crue rempli encore le bief
meules à huile

Lorsque on se reporte sur le terrain, on comprend vite pourquoi les seigneurs du lieu ont construit une fortification à cet endroit.
Pendant des millénaires,là ou l'absence de roche laissait le Dadou fouiller son cours en toute liberté, on se retrouve avec de larges vallées devenues fertiles grâce aux dépôts d'alluvions déposés par la rivière (comme le cambou de Rasisse ou de la Faurié) Et puis, quand le courant bute contre des roches très dures, il creuse un lit étroit, profond et sinueux en suivant les méandres des failles plus tendres.
C'est ainsi qu'est né le site de Rasisse. Le Dadou fait une boucle presque parfaite , à l'exception d'une dizaine de mètres. Un endroit idéal pour se protéger, d'où la fortification et en creusant une simple galerie, la possibilité d'une chute d'eau assez puissante pour faire tourner plusieurs meules d'un moulin.

 

 

LE PREMIER TRACTEUR AU TRAVET

C'est en 1940 que François Roumégoux a acheté le premier tracteur du Travet.
C'était un Allis Chalmers, à l'époque une des plus grandes marques de matériel agricole des États Unis (aujourd'hui disparue)
Sa puissance était de vingt-sept CV à la traction et de trente huit CV à la poulie.
Il fonctionnait au pétrole.
Il n'avait pas de relevage et tout le travail se faisait avec des outils traînés : charrues... etc...
Les roues en fer et à crampons lui interdisait d'aller sur la route. A défaut il fallait ajuster un cercle de fer en bandage sur les roues.
Il n'avait pas bien sur, de direction assistée.
Quelques années plus tard sont arrivés les tracteurs avec des roues à pneus et crampons.

Soixante dix ans et quelques années plus tard , regardez passer les tracteurs d'aujourd'hui, et voyez la différence !


LES PETITES COMMUNES DE NOS CAMPAGNES
01/12/2012

Prefecture du Tarn

Monsieur le Maire

Dans sa séance du 11 mai 1831 le conseil général a proposé l'érection d'une commune à Teillet qui serait composée 1° du Travet en entier 2° de Bézacoul en entier 3° de la partie de Paulin qui se trouve à l'ouest du chemin de Villevranche au pont de la Vaute suivant le croquis ci-joint. Veuillez faire délibérer le conseil municipal sur cette proposition qui sera intervenue, en me renvoyant le croquis. Vous joindrez à l'envoi un certificat constatant que votre commune ne possède pas des droits d'usage ou bien un état détaillé de ses droits d'usage s'il en existe.
Veuillez agréer Monsieur le Maire l'assurance de mes sentiments distingués.

Le Préfet du Tarn


C'était il y a plus de 180 ans !!!!

La commune : « La commune est le territoire administré par une municipalité, seule dépositaire de l'état civil et du cadastre. Elle est l'échelon de base des administrations territoriales. »
Mais au fait, d'où viennent les communes ?
C'est à la révolution qu'elles ont été crées. Sans rien de révolutionnaire d'ailleurs puisque la plupart du temps on a pris les paroisses existantes et on les a appelées communes, en leur donnant tout de même quelques fonctions supplémentaires.

Et les paroisses ?
C'est au cours de la christianisation des campagnes autour et après l'an mille que se créent les paroisses, en même temps que se met en place le système féodal . Prenons l'exemple de la paroisse du Travet. On ne sait pas à quelle époque fut construite la première église. Mais celle de St Étienne de Grammarie sur le plateau du Cayla a été érigée bien avant 1500 sur une ancienne fortification de l'an mille et quand le seigneur préfère le confort du village, à la rusticité du château de Rasisse, l'église aussi change de place.
En zone rurale la paroisse ou communauté était constituée d'une l'église, de maisons autour (village) et des terres qui y étaient rattachées. L'étendue de la paroisse correspondait au mode de vie communautaire de l'époque. Chaque communauté vivait pratiquement en autarcie, Il y avait outre le curé et le seigneur, le forgeron et l'artisan du bois, le fileur de laine ou de chanvre, le tisserand, le tailleur d'habits, le meunier, souvent un chirurgien barbier et des guérisseurs, sans oublier l'auberge et la taverne. Tout le monde travaillait la terre: comme laboureur s'il avait un lopin de terre et comme brassier s'il n'avait rien.
Ces paroisses de l 'ancien régime ne disposaient pas de la compétences administrative des communes actuelles. Il y avait seulement un conseil de fabrique chargé de gérer les biens immobiliers de la paroisse, tel que l'église, le cimetière et les domaines de l'église. En 1539 le Roi François 1er par l'édit de Villers Cotterêts donna aux prêtres la charge de tenir le registre des baptêmes, mariages et enterrements ( en langue française). Hormis ces obligations, les paroisses s'organisaient de façon informelle. Les villageois se réunissaient (dans l'église) pour prendre les décisions concernant la communauté. Il existait pourtant des consuls (conseils) désignés pour un an par la population. Ils avaient un rôle important dans les grandes villes, mais dans les petites communautés, c'est l'église et le seigneur qui détiennent les vrais pouvoirs avec celui de la propriété et de la répartition des impôts. Le clergé se fait obéir et respecter des fidèles. Il distribue les sacrements nécessaires au salut de l'âme. Le curé, qui baptise , marie, bénit, confesse et enterre, est un personnage incontournable de la vie locale.
Que sont devenus les paroisses ?
L'église, depuis longtemps a opéré son changement. Par la force des choses . La crise des vocations ne permet plus d’attribuer à chaque paroisse un désservant. ( L’âge d'or étant de 1850 à 1900, il y avait tellement de prêtres en surnombre que l'église a pu en envoyer aux missions, évangéliser l'Afrique.) Dans la plupart des paroisse rurales d'aujourd'hui, il n'y a plus de messes et seules les obsèques religieuses ont encore la faveur des fidèles.
Mais si l'église peut se permettre d'abandonner ou de laisser en friche ses paroisses, l’état ne peut en faire autant pour ses communes.

Les communes aujourd'hui dans notre pays sont au nombre de 36571. L’Allemagne en compte 11253 . l'Espagne et l'Italie environ 8000.Encore une exception Française ?
Expliquée peut être par le fait que chaque commune depuis la révolution est libre de son cadastre, maître de sa fiscalité et donc tient à rester indépendante. Avec sans doute aussi une bonne dose d'esprit de clocher et de résistance au changement ! Ainsi, plusieurs communes de notre département ne dépassent pas 50 habitants ! Depuis la révolution les attributions administratives ont décuplé et l'administration communale est devenu indispensable. Avec la loi de décentralisation de 1992 la commune a acquit des compétences supplémentaires . Compétences que les grandes villes peuvent assumer . La situation, l'organisation et le mode de vie des petites communes ne sont pas les mêmes, les maires pratiquement bénévoles, sans moyens financiers , administratifs et par manque de formation s'épuisent à tenter de résoudre des problèmes souvent insolubles. Ça grogne sous l'écharpe et il y a de moins en moins de volontaires. L'exode rural aidant, beaucoup de communes vont avoir du mal à renouveler leur conseil municipal.

Alors le législateur dans sa grande sagesse à inventé l’intercommunalité. Une très bonne idée : on est plus fort à plusieurs que tout seul ! Mais c'est un échelon administratif supplémentaire qui implique responsabilités et tâches nouvelles, augmentation des réunions …etc....et....... nouveaux grognements dans les mairies. Un empilement administratif démesuré, ne va pas régler le problème, bien au contraire !

C'est sous le premier empire que l'on parle pour la première fois de réunir ou supprimer des communes, sans beaucoup de succès. Et à chaque période, (une par génération), le nombre et la taille des communes reviens à l'ordre du jour, comme le serpent de mer. Paradoxe : tout le monde pense , (mais tout bas), qu'il faudra bien y arriver un jour.
Quelques esprits chagrins vont rétorquer : pas d'administration communale : moins de vie communautaire.....Mais, ce sont les bonnes volontés et autres animateurs bénévoles qui entretiennent la vie des petites communautés , pas l'administration.

Alors !
Trois épilogues peuvent être envisagés :

1/ Laisser faire la nature et les petites commune cesserons bien un jour de vivre, faute de citoyens.
2/Attendre que l'autorité de l’état centralisateur impose ses décisions .
3/Ou alors que les élus fassent preuve d'audace, travaillent à la prise de conscience de la population, que la dite population accepte le changement, et choisisse un nouveau découpage administratif à mettre en place.
Cela s'appelle la démocratie.................. et ce ne sera pas facile !!!


GRAVE ACCIDENT D'AUTOBUS AUX QUATRE CHEMINS
01/12/2012

Le 30 novembre 1940 en fin d'après midi, le car Madaule assurant la liaison journalière Lacaune Albi et retour, rentrait vers Teillet, lorsque , aux quatre chemins , il a été percuté par un camion venant en direction d'Alban et qui transportait un gros chargement de bois .
L’autocar à été tamponné par le travers et le choc a été très violent , on a relevé plusieurs blessés . Selon le rapport de gendarmerie , le camion est entièrement dans son tort , puisqu'il a refusé la priorité à l’autobus .
Un fait divers … mais un fait divers tragique pour le village du Travet et particulièrement pour la ferme de Costes Auries . Marie Gasc et sa fille Yvette 15 ans , de Costes Auries , étaient dans le car revenant d'Albi . La petite Yvette frappée de plein fouet par l'impact du camion , a été gravement blessée ainsi que Marie sa mère assise à ses côté .La jeune fille décédera le lendemain , quant à Marie Gasc , elle gardera toute sa vie des séquelles de cet accident . Il y avait d'autres voyageurs du Travet , comme Louise Combes et Joseph Payrastre , tout deux blessés au visage .

Les débuts du transport en commun n'étaient pas si loin, et étant donné sa gravité, cet accident à eu un grand retentissement.

Yvette Gasc qui n'avait que 15 ans


Une petite anecdote : Louise , qui s'occupait activement de l'église du Travet , revenait d'Albi avec dans ses mains , le petit Jésus en cire de la crèche qu'elle venait d'acheter . c'était juste avant Noël . Mais , elle même blessée et dans l'affolement de l'accident , le petit Jésus , ne fut jamais retrouvé . La pauvre Louise , a mis beaucoup de temps pour se remettre , de l'accident ….. et de la disparition du petit Jésus en cire .


HISTOIRE DES CIMETIERES DU TRAVET

C'est sur le plateau du Cayla, au plus haut des rochers que se trouve l'ancien cimetière du Travet. Nos ancêtres reposent là, depuis au moins cinq cents ans, sous un tapis de fougères et de chardons. Il y a seulement quelques dizaines d'années on pouvait encore remarquer l'emplacement de quelques tombes, et dans les années quarante subsistait un piquet en bois censé repésenter la croix du cimetière.
Sur le côté nord du cimetière et en légère surélévation, était la vieille église dont il ne reste aujourd'hui plus rien.
L'église comme le cimetière ont été sans doute construits sur l'emplacement d'une très ancienne fortification de l'époque de l'an mille.

"L'an mil six cent soixante quatre et le quinzième jour du mois d'appril a esté enseveli jaques avisou dans le cimetiere del cayla en foi de ce et me suis signé ...Layre pbr (prêtre)"

"mesme année que dessus et le vingtdeuxième jour du mois de aoust a este ensevelie magdelaine payrastre d'ausi le simetiere del cayla en fois de ce me suis signé Layre pbr (
prêtre)"




Les deux Simones du Cayla sont à la recherche du cimetière

En 1700 lors de la visite pastorale de l'évêque Monseigneur le Goux de la Berchere, il est fait mention de l'église et du cimetière du Cayla :
"Le cimetière fermé de murs et d'une porte est joignant une ancienne église qui avait été église parioissiale.
Ladite église est à l'extrémité de la paroisse et du diocèse, sur le haut de la montagne, il reste encore tout le tour des murs et la voute du coeur sans toit"

 


les deux Simone ont trouvé le vieux cimetière

 

En 1808 le préfet ordonne la réparation des murs du cimetière


"J'ai vu Monsieur pour l'état des lieux consacrés aux inhumations que vous m'avez envoyé en exécution de ma circulaire du cinq Thermidor an 12 que les murs du cimetière de votre commune ont besoin d'être relevés attendus qu'ils sont tout délabrés , il est instant monsieur que cette réparation soit faite incessament pour prévenir toute violation des tombeaux et je viens vous inviter à vous en occuper sans délais."


"je soussigné Roumegoux Jean proprietaire, habitant du lieu de Lamicalié commune du Travet; déclare promet et m'oblige de céder à la commune; la contenance de seize ares, dix neuf centiares de terrain en local situé aux Terrals confrontant le chemin qui va de la croix d'Albert à Rasisse, pour y établir le nouveau cimetière qu'on est dans l'intention de faire. Je m'engage également d'entourer le local d'un mur en pierre sèche de la hauteur de deux metres , et la largeur d'un mètre et demy et de faire à ce nouveau cimetière une porte d'entrée bien conditionnée avec un petit couvert en ardoises , le tout à mes frais et dépens sous la réservation expresse que la commune me cedera en échange l'entier local des patus situes à la Micalié et que nous n'aurons rien à nous rendre de part et d'autre Fait au Travet le 14 juillet 1822........ Jean Roumegoux "




La croix d'Albert se trouvait à l'embranchement actuel de la route du cayla et de Costes Auries et aussi au départ du vieux chemin de Rasisse. La parcelle prévue pour le nouveau cimetière était sans doute le numéro 365 du cadastre de 1830. Elle se trouverait aujourd'hui en arrière de la maison de J.L Boyer



L'autre parcelle à échanger était celle des pâtus de la Micalié en bordure du chemin qui descend à la fontaine de la Foun
(les pâtus sont des biens communaux souvent réservés commes ceux-ci aux habitants de Lamicalié)

 

 


Etat des biens de la commune sur le territoire du Cayla

Le Maire du Travet fait expertiser les terrains à échanger et celui du Cayla .

"Nous maire de la commune du Travet certifions avoir appelé le nommé Avisou Jean Pierre expert demeurant au lieu et commune du Travet pour le prier de procéder à l'estimation d'un local situé aux patus de Lamicalié, plus celui ou est situé actuellement le cimetière de cette commune, plus un local de la contenance de seize ares dix neuf centiares, appartenant au sieur Roumégoux jean de Lamicalié situé aux terrals, et qu'il est dans l'intention de ceder à la commune pour y établir un cimetière"

Le prefet autorise l'échange.

"J'ai l'honneur de vous envoyer une ampliation de l'ordonnance du 20 fevrier dernier, par laquelle sa majesté vous autorise à ceder un terrain, et recevoir en contre échange un autre terrain pour y transferer le cimetière."

On aurait pu croire l'affaire bien engagée, eh bien non. l'échange ne s'est pas fait. Personne n'a jamais su pourquoi !

Vingt cinq ans plus tard :


"L'an mil huit cent cinquante neuf et le trois juillet , le conseil municipal de la commune du Travet, s'est réuni en cession extraordinaire dans le lieu de ses séances , Monsieur le Maire président a donné lecture de la lettre de monsieur le prefet en date du 15 juin dernier par laquelle ce magistrat l'informe que Mr de Corneillan lui a adressé une soummission par laquelle il s'engage........... a ceder gratuitement le terrain nécessaire à l'emplacement du nouveau cimetière. Les membres soussignés acceptent l'offre faite par Mr de Corneillan, se réservant de choisir le local là ou ils trouveront qu'il convient le mieux. Le conseil municipal prie Mr le Préfet de lui accorder un délais assez considérable pour échapper à l'imposition extraordinaire de l'église, pour pouvoirl'entourer d'un mur . D'ailleurs chacun trouve ridicule qu'un cimetière qui suffisait à la commune depuis des siecles, soit tout d'un coup trouvé insuffisant par une seule personne qui n'habite la commune que depuis quelques mois (?) et que tous les autres habitants soient obligés de se soumettre à toutes ses volontés, et d'essuyer une dépense d'environ six cent francs dans un temps ou chacun est embarrassé pour avoir du pain. Les membres soussignés espèrent que Mr le Préfet sera assez bon pour accorder le délais demandé plus haut comprenant le justesse de leur demande, et la gêne d'une commune pauvre. ils désirent encore que les fosses soient mesurées par des commissaires autre que Mr de Corneillan.
Fait et délibéré au Travet...............
Avisou, Berlou, Coubes , Raisseguier, fabre, payrastre
"

"L'an mil huit cent soixante trois et le quinze novembre à trois heures du soir le conseil municipal de la commune du Travet canton de Réalmont Tarn , Réunis en 4eme session ordinaire dans le lieu de ses seances , présents Mr Le Maire présidant a fait comprendre au dit conseil la nécessité de changer de cimetière à cause de son insuffisance et de son éloignement soit encore à cause du mauvais état du chemin dans l'hiver le Maire fait connaître au dit conseil la disposition ou est Mr de Corneillan de donner le terrain necessaire pour l'établir. Le conseil ayant apprécié tous les avantages, accepte avec empressement et reconnaissance , le terrain donné par Mr De Corneillan en vertu d'un acte passé devant notaire ......................
De Cornaillan, Avisou, payrastre, Raisseguier, Fabre, Roumégoux maire "


L'année même (ou la suivante) on enterra dans le nouveau cimetière. Il parait que la première inhumation fut celle d'un enfant naturel et qu'elle fut offerte par la municipalité ! Il a fallu tout de même 55 ans pour changer de cimetière .
( La bonté de Mr de Corneillan n'était peut être pas tout à fait gratuite, en même temps, il négocia le déplacement d'un chemin qui agrandissait son parc .)

La croix ( en bois) fut érigée dans le cimetière selon la volonté du Curé Foulché.
Lorsque les souvenirs vous amèneront au cimetière du Travet arrêtez-vous un instant auprès de la croix et déchiffrez les gravures.
A proximité découvrez la sépulture du curé Foulché et celle de la dernière châtelaine Agathe de Corneillan .

Le socle de la croix est une ancienne meule de moulin.
Les textes, comme la date de 1863 gravée sur le socle laissent perplexe. En effet l'accord du conseil municipal est daté du 15 novembre 1863 et il faut que l'aménagement du cimetière ait été très rapide pour que la première inhumation ait bien eu lieu dans l'année 1863 !
La croix fut refaite en 1882 par le curé Esquilat. C'est Berlou de Costes Auries, le maire qui a donné le bois.En 1997 la croix fut brisée par le vent. Une nouvelle fut érigée le 26 octobre1999 par le curé Cahusac. C'est Paul Gasc de Costes Auries qui fourni le bois, le curé l'a confectionnée et c'est Soulet maçon à Teillet qui fit le piédestal. La croix fut bénie à la procession de la toussaint 1999.
La croix actuelle en ciment date des années 50- 60.


LA MOISSON A TRAVERS LES AGES

La moisson à la préhistoire

C'est dans la région du croissant fertile, entre l'Euphrate et le Tigre (berceau des grandes civilisations) aujourd'hui, Irak, Turquie,Iran et Syrie, qu'est née l'agriculture.
Dans cette région, il ya 20000 ans, à l'époque du paléolithique ( pierre vieille), l'homme cueillait la graine d'une plante, le blé sauvage, qu'il consommait crue ou grillée.
Au néolithique (pierre neuve) vers 10000 ans avant notre ère,les hommes lassés sans doute de toujours déménager afin de chercher leur nourriture, se sont petit à petit sédentarisés . Le blé sauvage qu'ils cueillaient, après l'avoir domestiqué, ils ont appris à le produire. Importé ensuite dans nos régions, c'est par la culture du blé que l'homme préhistorique est devenu sédentaire et cultivateur.
De ce blé, ils n'en faisaient pas encore du pain , ils le consommaient cru, grillé, bouilli ou en galette. C'est bien plus tard, avant 5000 ans, avec la découverte de nouvelles variétés domestiquées comme l'Epautre, l'Amidonnier ou l'Engrain, qu'ils commencèrent à faire de la farine avec des meules en pierre et à produire du pain au levain. Ce bon pain qui devint, jusqu'à nos jours, la base de l'alimentation pour une grande partie de l'humanité.

Trois grosse pieces de bois assemblées, forment un araire que trainent deux bœufs sous un joug. Le soc est un gros silex taillé qui fend la terre et produit un sillon. (reconstitution)

Un moissonneur péhistorique (recontitution)

La faucille du Néolithique
(10000 ans)(reconstitution)

(dessin d'époque)

Les Egyptiens se servaient déjà d'une faucille en métal

(reconstitution)

Pour dépiquer : plusieurs méthodes étaient employées :
1/Le tribulum : on traîne sur l'aire de battage de grandes planches, armées de dents de silex ; ces dents déchirent l'enveloppe et libèrent le grain .
2/Le fléau , on en parle dans la bible.
3/Le foulage sous les pieds des animaux.

 

 

(peinture d'époque)

Viens ensuite le vannage :
Action de séparer le grain du reste de la paille.
Cette opération se faisait souvent sur l'aire, ou, là où le vent était le meilleur. On faisait tomber le grain de la hauteur d'un homme et le vent se chargeait de la séparation . C'était souvent le travail des femmes. Cette méthode a perduré jusqu'à l'arrivée du tarare, (autour de 1800).

 

Une meule préhistorique qui permettait d'écraser le grain. (une pierre plate et un galet!)

 

 

 

 

 

LA MOISSON DU MOYEN AGE: 500 à 1500 après J-C.... AU.... DIX- NEUVIEME siecle (1800)

Les hommes du Moyen Age accomplissent les mêmes gestes de la moisson que ceux de l'antiquité . Les outils sont les mêmes et la façon de travailler aussi . A une chose près: les Celtes étant passé par là, les outils sont en fer. Nos ancêtres les gaulois, étaient de sacrés forgerons (Jules César lui-même dans la guerre des Gaules en vante le mérite) A cette époque, en effet, on est capable de fabriquer des tranchants en acier et en très bon acier. Tout le monde sait qu'un bon outil fait un bon ouvrier.
Une autre invention est venu fleurir l'agriculture du Moyen Age : L'impôt .
Il y avait bien sur la taille : l'impôt royal
La dime prélevée par l'église .
La censive due au seigneur .
Et le champart, un impôt en nature .
Dans le champart figurait entre autre le prélèvement d'une gerbe sur dix ou quinze suivant les besoins du seigneur .
Sans compter les impôts exceptionnels (il n'y a rien de nouveau sous le soleil!!!)
On avait même inventé un moyen efficace pour définir et contrôler l'imposition: le recensement des terres en fonction de leur importance et de leur valeur . On lui a donné un nom : Le compois , c'est l'ancêtre du cadastre. ( il existe une copie de celui du Travet qui date de 1645 )
Les terres nobles, appartenant au seigneur étaient exemptées d'impôt .
/C'est à cette époque que tous les nobles ont été obligés de prouver par la généalogie (quatre génération), de leur titre de noblesse. Ex : les De Cabrols seigneurs de La Roque ./

Détails d'enluminures (1)

couper les épis

à la faucille.

Dépiquer

au fléau

 

Le vannage:
séparation du grain des menues pailles.


(1) L'enluminure est une peinture ou un dessin , exécuté à la main et qui décore un texte de manuscrit .

LA MOISSON DE 1800 à 1900

La faucille au fil des siècles a aquis sa forme définitive d'aujourd'hui .

 

 

 

 

 

 

 

Est apparu la faux avec l'appareil. Il permettait une fauche plus rapide et la formation de javelles bien alignées en corde. Il ne restait plus qu'à faire la gerbe et la lier avec une tresse de longue paille de seigle . A l'aide du liadou, bâton en bois pointu, en un tour de main et beaucoup d'expérience, on faisait un solide noeud.

(Reconstitution)

Le dépiquage par piétinement a été abandonné, à cause des nouvelles variétés. Il y avait trop de paille brisée et de grain écrasé. Le rouleau en pierre (au Travet en granit) a permi un dépiquage plus efficace.
Il fallait une aire ( lou sol) proportionnel à la récolte, bien plat et sans cailloux. Les gerbes déliées, étaient étalées sur le sol. Le rouleau en tournant extirpait le grain de son enveloppe. La paille était secouée et enlevée.
Il fallait , quant les vaches de l'attelage faisaient leurs besoins, parer les bouses avec un grand récipient, souvent une vieille poêle( c'était le travail des enfants)

 

 

 

Le grain rassemblé en tas était vanné (ou ventilé) A l'aide du van, espèce de corbeille plate tressée en roseau ou en paille. Il était jeté en l'air et le vent se chargeait de séparer le grain des menues pailles.

 

 

 

 

 

LA MOISSON DE 1900 A 1960 , un demi siecle ou tout a changé !

La moissonneuse inventée par Mc Cormick en 1834 (1)

La faucheuse javeleuse
très utilisé jusqu'a l'arrivé de la lieuse
(2)

 

La moissonneuse lieuse mise au point par Deering vers 1875

Elle coupe et met en gerbe liées ( battages st Pierre) (3)

Le blé était moissonné à peine mur. il était mis en crousels ou il continuait a murir (4)

La confection du gerbier ( 1940)

(Photo Roumégoux) (5)

Une oeuvre d'art !

 

La premiere batteuse mobile a été construite par C. Gérard en 1866
( Photo St Antonin)
Elle est arrivé au Travet après la guerre de 14

 

Les premieres batteuses
étaient entrainées par un manège animé par la traction animale.(6)

La locomobile à vapeur
(photo St Antonin)(7)

 

 

 

Battages à St Antonin
On reconnais sur le gerbier Poulou des Mouquettes

 

battage à la machine à vapeur

 

 

Au Travet vers 1940
(photo Roumégoux)

A la fin de la guerre il manquait du carburant pour faire marcher le tracteur. On faisait tourner la batteuse avec un gros moteur électrique

Photo Servel

 

 

Jacques des Mouquetes
irremplaçable mécanicien de battages

L'emballeuse est arrivée dans les années 50-55 (8)

Fête des battages à St Antonin

 

 

Battages sans doute à la Magrié
vers 1940.
On reconnais: Finou du Tailleur, Ferdinand du Cayla, et Poulou de la Magrié .

La pause

 

 

 

1960 une des premières moissonneuse batteuse au Travet.
Vous pouvez reconnaître:
François Roumégoux.
Lucien Payrastre.
Pierre Payrastre
Au volant :
Jacques Resseyer
L'efficacité de ces machines était assez aléatoire: beaucoup de perte de grain, souvent en panne, et que dire du confort du conducteur.On ensachait le grain sur la machine et à l'arrière se faisaient(ou défaisaient)de petites balles de paille.

 

1/ Cette moissonneuse de Mc Cormick était en fait une faucheuse,qui, par un système de rabatteurs alignait automatiquement sur le sol les javelles de blé. Elle n'a été que peu utilisée dans notre région.
2/La faucheuse javeleuse. Par le simple ajout d'un appareil à la faucheuse , placé en arrière de la barre de coupe, il permettait au blé de glisser sur un plateau et d'être déposé en javelles sur le sol, puis lié en gerbes à la main. Cette machine avait l'avantage d'être utilisée aussi pour faucher les prés. Elle a été très utilisée, jusqu'à l'arrivée de la lieuse.
3/ leTravet a sans doute connu la moissonneuse lieuse dans les années vingt, trente. C'était pour les enfants (devenus bien vieux) une mécanique extraordinaire et un peu mystérieuse:
Les grands bras des rabatteurs en tournant courbaient les épis au moment même où la paille était coupée, les accompagnant en douceur dans leur chute sur le tablier de la machine. Le blé était alors avalé goulûment et disparaissait dans la moissonneuse . Les gerbes se formaient de l'autre côté à grand renfort de pignons et de bras qui sautillaient ,comme des pattes de sauterelles. Et puis, dans un grand bruit métallique de mécanique, deux cornes se soulevaient tournaient énergiquement sur elles-mêmes et éjectaient brutalement la gerbe à un mètre de là. Une gerbe bien faite , bien arrangée, et, surprise, liée avec de la ficelle. Mais qui avait fait le noeud ? Ce n'était pas le conducteur de la moissonneuse perché sur son siège, il avait déjà beaucoup à faire, pour maîtriser et diriger cette grosse machine.
Aussi passionnant, était d'assiter à la transformation de la moissonneuse. Elle arrivait au champ tirée par une paire de boeufs, dans un bruit de ferraille, roulant sur deux petites roues en fer, sur les chemins empierrés de l'époque. Et puis, une fois dételée, à l'aide d'une grosse manivelle, une immense roue large et cramponnée sortait du ventre de la moissonneuse. Du côté de la coupe, là où avant, était le timon, on descendait une petite roue en fer. La machine, dont la position avait fait un quart de tour et, le timon placé, était prête au travail.
La moissonneuse lieuse à été à cette époque une des machines agricoles qui a vraiment soulagé le travail de agriculteurs .
Dans les années 1960, avec l'arrivée des moissonneuses batteuses, la moissonneuse lieuse a disparu du paysage Travetois, en même temps que la batteuse.
La mécanisation de l'agriculture a accomplie un progrès extraordinaire en 100 ans.
Et pourtant , c'est toujours le même système de barre de coupe qui moissonne le blé, le même système de batteur pour le dépiquer et les grosses presse d'aujourd'hui utilisent le mème modèle de lieur qu'il ya 100 ans.

4/ Aussitôt la moisson faite, les gerbes étaient disposées en croix, (d'où le nom de crousels), les unes sur les autres , les épis vers l'intérieur et sur quatre ou cinq niveaux, . Le blé ainsi entassé en plein champ , continuait à mûrir à l'abri du mauvais temps en attendant d'être mis en gerbier.
5/ Gerboyer était une autre période importante de la moisson. Les gerbes des crousels étaient chargées sur les charrettes et amenées à la ferme pour être mises en gerbier. La construction du gerbier commencée, ne pouvait pas être interrompue, c'est en effet, la forme effilée en toupie renversée du gerbier qui protégeait la récolte des intempéries . Charger les charrettes , les amener à la ferme et ensuite à plusieurs sur un grande échelle se passer les gerbes au bout d'un fourche pour finir au sommet du gerbier, demandait beaucoup de personnel et obligeait à s'entraider.
C'était à la hauteur et au nombre de gerbiers qu'on jugeait de la richesse de la ferme . La confection du gerbier était d'une importance primordiale. Mal édifié le gerbier avait du mal à tenir debout et surtout à résister à la pluie. Certaines personnes étaient de vrais bâtisseurs , comme Fernand de l'Empery ou François Roumégoux et on pouvait admirer des gerbiers aux lignes pures et admirablement proportionnées, de vrais chef-d'oeuvres . La dernière gerbe choisie avec soin et placée au sommet du gerbier, à quinze mètre de haut, couronnait l'édifice.

6/ Le manège était un système qui permettait de transformer le mouvement linéaire en mouvement rotatif , à l'aide d'un pignon entraîné par une grande roue dentée. On utilisait la traction animale. C'est un moyen qui à eu cours en attendant la force motrice de la vapeur. Difficile à mettre en oeuvre et encombrant le manège n'était utilisé que dans les très grandes exploitations .

7/ La véritable force motrice révolutionnaire est arrivée avec la machine à vapeur. Issue de la technique des locomotives, simple de fonctionnement et économiquement adaptée à la campagne: Il ne fallait pour la faire marcher que du bois et de l'eau. Ces machines étaient bien sûr sur roues, mais devaient être déplacées de chantier en chantier par une ou plusieurs paires de boeufs.
Les anciens qui avaient connu cette époque, racontaient, il y a un demi-siècle, les nombreuses péripéties pendant les déplacements de la locomobile et de la batteuse: matériel embourbé, casse ou pannes.....etc .
Un temps remplacé par la machine à vapeur automobile , très lourde et pas assez maniable, qui a été vite supplantée par les tracteurs . Les dernieres utilisations de la machine à vapeur dataient d'avant la guerre de 1940 à la Cadassarié. L'accès à la ferme étant très difficile par le Travet à cause des chemins étroits, le matériel descendait par la Faurié et sautait à gué le Dadou, tiré par des attelages de boeufs. Dans les années 50, les dernières de l'existance de la Cadassarié,on ne pouvait toujours accéder à la ferme qu' avec du matériel de battage léger .

8/ La paille séparée du grain était rejetée à l'arrière de la batteuse, au milieu d'un nuage de poussière. Avec les premières batteuses, la paille tombée au pied de la machine, était ensuite reprise par les hommes et montée fourche par fourche jusqu'au pallié. Le pallié comme le gerbier était affaire de spécialiste. Les fourchées de paille étaient placées en des endroits et d'une façon bien précise et tassées continuellement, de manière à ce que l'immense tas de paille rectangulaire, puisse résister au vent d'autan et à la pluie. Un homme était chargé de peigner en permanence les côtés du pallié, afin de leur donner l'aspect d'un mur.
Ensuite, le monte-paille est apparu, intégré à la batteuse. Par un système de chaînes et de barrettes, il acheminait continuellement la paille de la sortie de la machine , jusqu'en haut du pallié. Replié au transport sur la batteuse , le déploiement de cet immense attelage était toujours impressionnant à voir, comme d'ailleurs l'installation de tout le matériel de battage , un véritable spectacle, que pas un gamin n'aurait manqué sous aucun prétexte .
Puis dans les année 1955 est arrivée l'emballeuse. Elle fabriquait de gosses et belles balles de pailles bien tassées, liées avec du fil de fer, de 1,20 de long, 0,50 en carré et d'un poids de 40 kg. L'emballeuse était entraînée par la batteuse ou un moteur auxiliaire. Il fallait voir ces gros volants en mouvement, le bras immense qui montait dans le ciel et retombait dans l'avaloir de la machine, entraînant la paille, entendre le bruit lugubre du piston qui compressait la paille et le claquement des reteneurs qui empêchaient la balle de se détendre. Cette machine a permis de réduire le travail des hommes et surtout sa pénibilité. Mais, une machine de plus veut dire aussi panne supplémentaire et quelquefois le repos forcé pour tous les travailleurs.

Les travailleurs , parlons-en : en ce temps là, les battages commençaient à l'aube et finissaient à la nuit. La batteuse se déplaçait de ferme en ferme avec son bataillon de serviteurs et pour cause: Il fallait être quatre sur le gerbier pour faire passer les gerbes, deux sur le batteur pour couper les ficelles, cinq à la paille, et quatre ou cinq au transport des sacs de blé du batteur au grenier. Une quinzaine de personnes étaient donc nécessaires pour sevir la machine, autant dire que tout le village était mobilisé pendant au moins quinze jours. Pour quelques fermes le chantier durait toute la journée et pour les plus petites à peine quelques heures. Chaque personne avait pratiquement son poste réservé pendant la période des battages. Les grands costauds étaient abonnés aux sacs. Les plus jeunes faisaient leurs classes à couper les ficelles et les femmes faisaient passer les gerbes .
C'était quinze jours de sueur de travail pénible et de poussière.

Un demi siècle plus tard restent bien archivés dans notre mémoire, de curieux souvenirs du battage : comme les odeurs et les bruits.
les odeurs ce sont celle de la sueur, de la paille broyée, du grain chaud, de la poix que les mécaniciens frottaient sur la grande courroie pour la faire adhérer et lorsqu'on s'approchait du tracteur, l'odeur de l'huile chaude et du gas-oil.
Les bruits, c'était d'abord ceux de l'installation du matériel par les mécaniciens : les appels, les mises en garde, les coups de masses sur les cales et le cliquetis du cric . Les plus vieux doivent se souvenir du vieux l'Artigue toujours accompagné de sa femme et qu'il valait mieux ne pas déranger dans son travail!
Quand tout était en place, venait le moment de la mise en route.
Une fois démarré à l'aide de deux mèches rougeoyantes, et d'un bon coup de balancement du grand volant le tracteur se met à gronder, à clapper de plus en plus fort, à haleter en crachant une forte fumée noire. La longue et large courroie commence à tourner tout doucement , en ondulant dangereusement et à claquer avec un grand bruit de gifles. La batteuse se met ensuite en mouvement dans un doux ronronnement de chat, les tables s'agitent en tout sens, les ventilateurs sifflent. Les hommes se rendent à leur poste de travail, En haut du gerbier ils sont déjà prêts, le menton appuyé sur le manche de la fourche. Un coup de sifflet ou de klaxon, et tout se déchaîne : le tracteur halète, fume, pour donner toute sa puissance. La courroie se stabilise et on entend le crissement de la poix sur la poulie. La batteuse est passée du ronronnement du chat au rugissement du lion. Un nuage de poussière sort de l'arrière. Le ballet des gerbes commence . L'engranairé prend la gerbes à bras le corps et la laisse prendre par le batteur .Quelquefois la machine accuse le coup et lance une plainte, le tracteur faiblit et puis tout le monde reprend sa vitesse normale.... Aro batten comme disait le brave Gilbert !!!

Mais il n'y avait pas que le travail aux battages . Le village, sans jamais se le dire, se rassemblait avec plaisir, bien sur les affinités prévalaient mais très rares étaient les disputes, comme si les mésententes restaient aux portes des battages.
Il y avait des temps de repos: pendant le déplacement de la batteuse et sa mise en place, et surtout les repas, qui, lorsque l'orage ne menaçait pas, duraient près de deux heures. Des repas pantagruéliques avec plusieurs plats de viande, des entrées à n'en plus finir et des desserts,( gâteaux, crèmes) tous aussi délicieux les uns que les autres. Sans oublier le café , le pousse café et bien sûr le vin à volonté. Le repas était la" vitrine " de la ferme, et de la famille et le point d'honneur des femmes . C'est à elles que revenait le mérite du bon repas. Elles s'y préparaient plusieurs jours à l'avance: saignaient et plumaient la volaille, préparaient hors-d'oeuvre et Gâteaux. Chaque ferme avait sa spécialité et on savait d'une année sur l'autre ce que l'on allait déguster. Les femmes aussi s'entraidaient avec les voisines. Les bonnes cuisinières étaient recherchées et faisaient souvent la saison des battages. Les jeunes enfants, souvent les filles de la maison, vin, sirop et carafes d'eau à la main, étaient préposées au rafraîchissement des travailleurs. Lorsque c'étaient de grandes filles, les plaisanteries allaient bon-train.
Une petite anecdote que les jeunes devenus bien vieux n'ont pas oubliée : quand on dépiquait de l'avoine et que l'on voyait un des travailleurs, sans trop se faire voir, ramasser à l'arrière de la machine , de la bale d'avoine , tout le monde savait qu'un heureux évènement allait arriver dans sa famille. En effet la bale d'avoine ( l'enveloppe du grain) une fois bien sèche et dépoussiérée faisait un douillet matelas ou couette pour le berceau de bébé.
Mais on ne faisait pas que manger et boire, les battages étaient aussi l'occasion de s'amuser, les jeunes bien sûr, mais pas seulement, quelques vieilles barbes n'étaient pas les derniers à jouer les boute-en-train. Combien de farces plus ou moins plaisantes se sont déroulées, peu au travail,mais surtout au repos et au moment du repas . C'était toujours les mêmes jeunes qui lançaient les plaisanteries, sous l'oeil bienveillant des vieux.
Pour raviver les souvenirs, rappelons-nous des Gilbert, Robert, André, Paul et les autres. Bien sûr il y avait les habituelles têtes de turc et autres souffre-douleurs, mais les farces n'étaient pas bien méchantes et on était tellement bien ensemble.

 

LA RECONCILIATION FRANCO-ALLEMANDE


Le 8 juillet 1962, il y a donc 50 ans, le Président De Gaulle et le Chancelier Adenauer, lors de leur rencontre à la cathédrale de Reims, engagent la France et l'Allemagne dans la voie de la réconciliation.
Et pourtant l'histoire des deux pays se résumait jusqu’à ce jour à plusieurs millions de victimes .
Trois guerres, en moins d'un siècle ont ensanglanté, , la France et l'Allemagne : 1870, 1914, 1940 .
Pendant toute une partie du XIX et XX siècle la relation franco- Allemande a été pensée en termes de revanche, d'affrontement , de combat et de domination . Les conflits de 1970 et surtout la première et la seconde guerre mondiale , ont été les heures les plus dramatiques de l'humanité.

Mais faisons un peu d'histoire:
Durant le haut moyen âge, les territoires actuels de la France et de l'Allemagne appartenaient au même empire Carolingien .
Cet Empire de Charlemagne a été ensuite divisé entre ses trois petits fils par le traité de Verdun en 843 : Francie occidentale, Francie orientale et Lotharingie (royaume central) . Alors que la Lotharingie s'effondre rapidement et devient vite un enjeu entre les deux nouveaux royaumes, la Francie occidentale devient la France et la Francie orientale, l'Allemagne . Pendant longtemps chacun des états ne songea qu'à reconstituer l'Empire .Tous les rois y ont travaillé et les Napoléon, tonton et neveu n'ont pas été les derniers . La possession de l'Alsace et la Lorraine faisait partie de ses enjeux.
De plus, chacun de nos pays devant surmonter chez lui... révolte, crise, révolution ...etc.., les appétits de conquêtes, le militarisme, avec la recrudescence du nationalisme, fédérait le pays (le fameux patriotisme!).
Le jeu des alliances a fait le reste.

…... Trois guerres, et quelques millions de morts plus tard, il fallut attendre 1945 pour que Robert Schumann le Français et Konrad Adenauer l'Allemand disent.... ça suffit. .
En 1945, rares sont ceux qui pensent possible cette réconciliation. Et pourtant, quelques années plus tard, en 1951 un premier pas est franchi avec la création de la communauté Européenne du charbon et de l'acier sous la double initiative de Jean Monnet et de Robert Schumann (Toute guerre entre la France et l'Allemagne devient non seulement impensable mais matériellement impossible R. S) .
Dès lors entre les deux pays, la coopération ne cessera plus.
En 1957 six pays fondent par le traité de Rome la communauté européenne qui concerne l'industrie et prévoit l'organisation de l'agriculture.
Mais c'est à la rencontre historique de Charles De Gaulle et Konrad Adenauer le 8 juillet 1962 à Reims, où pour la première fois on parlera d'amitié Franco-Allemande. Un an après sera signé le traité de l’Élysée qui donne naissance officiellement au couple Franco-allemand
Une autre image restera vivante dans l'histoire de nos deux pays, c'est celle du Chancelier Khol et du Président Mitterand unissant leurs mains devant le mémorial de Verdun.


Comment à été reçu cet espoir de réconciliation au Travet,  dans les années d'après guerre ?
La guerre de 40 n'était pas très loin et l'humiliation de la défaite était restée vivace , même si les Travetois avaient traversé le conflit assez paisiblement (le portrait du maréchal s'affichait un peu partout) . C'est surtout le souvenir de la guerre de 14 qui conditionnait les relations franco -Allemande . La rancœur était tenace (On disait: Les Boches). Les anciens combattants étant encore nombreux.. et c'est le malheur et la mort qui cimente la mémoire . Les partisans de la réconciliation étaient peu nombreux et parler d'amitié Franco-Allemande était très mal compris . "on s'est battu pour jeter les Allemands hors de France et maintenant on va les chercher!!!" ou .."il nous faudrait une bonne guerre pour nous sortir de la crise "

Et maintenant ?

L'europe actuelle, celle de 2012, est malade de son chômage, de ses dettes, mais surtout de son incapacité à construire une union politique, avec un projet politique cohérent.

La volonté d'union des pères fondateurs de l'Europe, leur détermination à dépasser l'égoïsme des états nations, nous manque.

 

 

LES CHEVRES LE PREFET ET LES BOIS!!!

Les nommés Rayssié (pierre) et Pujol(Pierre), habitants du lieu de Costes Auries dans votre commune, demandent d'être autorisés à tenir deux chèvres qu'ils s'engagent à ne faire paître que dans des lieux éloignés des bois, je vous invite, monsieur à accorder à ces deux particuliers, l'autorisation qu'ils réclament et à veiller à ce qu'ils ce conforment à l'engagement qu'ils ont pris de tenir toujours leurs chèvres éloignées des bois

 

Ah ! L'administration !!!
Mais nous sommes en 1806 , au début de l'Empire de Napoléon le premier. Le préfet était nommé par l'Empereur( comme les préfets aujourd'hui par le gouvernement) Mais leur pouvoir était beaucoup plus important qu'actuellement, et leur charge de compétence , très étendue : Cela allait de la santé, la police,l'entretien des routes, les élections, les finances locales , l'agriculture, etc...
Les préfets n'étaient surtout pas du pays, révocables à tout moment et changés tous les deux ans , afin qu'ils aient le moins possible de contact avec la population .
Le conseil municipal à qui la révolution avait apporté un semblant de démocratie avait été, par la volonté impériale, réduit à un simple exécutant .
Les  élections municipales étaient soumises à la règle du dixième . Les contribuables les plus imposés de la commune ( il faut payer un impôt équivalent à trois journées de travail) désignait un dixième d’entre eux .
A partir de cette liste le préfet constituait le conseil municipal .
Le maire, lui, était nommé par le préfet . Il pouvait faire partie du conseil, ou choisi à l’extérieur.
Désigné par le préfet, le maire était donc son représentant (et par là son serviteur) et le conseil municipal n'avait pratiquement aucun pouvoir .
Toutes les décisions étaient prises par le pouvoir départemental.
C'est ainsi que pour une simple autorisation de tenir deux chèvres , il fallut l'aval du préfet .

Pourtant, si cette décision administrative peut aujourd'hui paraître absurde , il faut se remettre dans le contexte de l'époque : Relisons l'autorisation préfectorale :
Par deux fois le préfet renouvelle l'avertissement de tenir les chèvres éloignées des bois .
Le préfet était aussi responsable du territoire et les bois étaient,encore à cette époque, très importants dans l'économie locale , chauffage, charbon de bois, charpente etc..
De plus l'administration des eaux et forêts, était restée très rigide . La révolution avait aboli les privilèges …..Mais au profit de l'état . Et sous l'Empire, l'administration préfectorale des domaines avait quelque peu adopté le modèle de l'ancien régime , où seul le seigneur avait, au nom du roi, le droit de chasse , de coupe et de pâturage.
D'ou, peut être, la justification de cette autorisation préfectorale.

C'est ainsi que deux braves chèvres de Costes Auries, en 1806, ont eu gain de cause et l'honneur d'être considérées par le préfet Gary.

 

 



LA GUERRE D'ALGÉRIE

Il y a cinquante ans , finissait la guerre d’Algérie .
Une guerre qui n'a jamais voulu dire son nom . Une guerre à laquelle ont participé les jeunes du Travet , comme deux millions d'autres jeunes de France . Pour la plupart , ils ont quitté leur village , leur famille , et pris le train et le bateau pour la première fois . Et ils se sont retrouvés , malgré eux , engagés dans un conflit qui n'était pas le leur . Beaucoup ont connu , le désarroi , la fatigue et la peur , subi la chaleur ou le froid . Et plus de vingt mille n'en sont pas revenus vivants. Ils ont quelques fois vu l'horreur de la guerre , la mort brutale d' un ami , la haine qui vous prend , le sang qui appelle le sang , et aussi l'ennui qui vous mine , et le mal du pays qui vous ronge. Ils ont été témoins de la misère et des malheurs de la population , de la torture et du napalm .

Mais ils avaient vingt ans , l'âge de tous les appelés en Algérie et c'est sans doute cela qui leur a permis de tenir , certains plusieurs années . Avoir vingt ans , c'est un peu d’insouciance ou d’inconscience , accompagnées, certains jours d'un peu d’aventure . Ils ont vécu souvent sans confort , ni eau courante , ni électricité , mais est-ce bien indispensable lorsqu' on a vingt ans !

Ils avaient quitté brutalement le cocon familial , avec du vague à l'âme, et ils ont finalement retrouvé un autre genre de famille . Les copains de chambrée , de guitoune , ou d'opération . Ceux avec qui ils ont tout partagé , aussi bien les soirées bien arrosées , (la bière coulait souvent à flots) , que les colis , les joies , les peines , le cafard , et aussi , hélas , quelquefois l'angoisse devant le lit vide d'un camarade . Des amis , des frères à qui on pouvait tout confier , sûr de pouvoir compter sur eux , dans une solidarité sans faille . Et d'ailleurs , lorsque le grand jour de la quille arrivait , ce n'était pas sans un petit pincement au cœur qu'il fallait les quitter .

Tous ont découvert l’Algérie : un pays magnifique , des paysages aux contrastes extraordinaires . Des plaines , riches et fécondes à la végétation luxuriante . Des montagnes de toute beauté , avec des levers et couchers de soleil aux couleurs incomparables . Des sommets enneigés , jusqu’aux pentes arides et caillouteuses , presque désertiques et parsemées de petits paradis , comme ces jardins nichés au fond d'une petite vallée . Grands comme des mouchoirs de poche , mais où poussaient en abondance , légumes , pastèques , grenades et autres arbres fruitiers , dont on ne connaissait pas le nom , mais qui étaient très appréciés , au détour d'une opération ou d'un ratissage . Il faut avoir vu les oueds capricieux , aux cours imprévisibles et fleuris à tout va, par des lauriers roses exubérants .

Ils ont laissé leur campagne natale et en quelques jours se sont retrouvés dans un pays inconnu , au milieu d'une population très très pauvre , au mode de vie qui leur était étranger et souvent considérée comme hostile, à cause de la guerre , . Malgré tout , ces jeunes se sont quelques fois reconnus en ces Algériens . Ces Algériens qui , lorsqu' on leur donnait la paix , le respect et la confiance , se laissaient découvrir et apprécier, comme des hommes accueillants et généreux . Qui n'a pas gardé le souvenir d'un paysan , d'un berger , d'un artisan ou même du bistrotié du village , avec qui, malgré les temps troublés de la guerre, on avait lié des liens amicaux et qu'on aimerait bien revoir . ….La preuve , comme aiment à le dire les poètes rêveurs , que même dans les épreuves , il faut toujours espérer de l'homme .

 

VOICI LES JEUNES DU TRAVET QUI, IL Y CINQUANTE ANS, ONT FAIT L'ALGERIE

hélas, aujourd'hui , beaucoup ont déjà disparu.

Raymond Combes
maintenu
Tunisie et Algérie
chasseur alpin
1955/56

Gilbert Esperou
rappelé
Tunisie -Algérie
aviation
1955

André Roumégoux
rappelé
oranais
infanterie
1956

Jacques Resseyer
rappelé
Oranais
infanterie
1956

Robert Rossignol
Oranais
dragons
1956

Christian Victorin
Constantinois
infanterie
1956/58

Paul Berlou
massif des Aurès
tirailleurs
1957/59

Pierre Payrastre
petite Kabylie
tirailleurs
1957/59

Jean Roumegoux
frontiere Tunisienne
19/génie
1957/59

Pierre Heral
Oranais
infanterie
1958/60

Pierre Barthe
Algérois
47-RA
1959/61

Raymond Berlou
Colomb-Béchard
133/ccc
1959/60

Marie-Joseph Resseguier
régiment du génie

1959/1961

 

 

Michel Payrastre
petite Kabylie
spahis
1960/62

Robert Routoulp
sud Algérien
arme spéciale
1960/62

Michel Victorin
Oranais
Génie
1961/63

 

 

Jean Claude Masson
Oranais
medecin infirmier
1961/62

 


François Renaud
aviation 1961/62


 

 

Paroles d'appelés .

Récits d'un appelé ,aujourd'hui disparu , tirés de petits carnets de l'époque et retrouvés récemment .

C'est le 5 février que j'ai eu ma première embuscade .

Ce lundi , après avoir mangé , nous entendiment un ordre < tous aux camions > immédiatement , nous étions aux camions . Sur six que nous étions , il n'y en a que trois de pris , les trois dont leur tour était de rouler .j'étais du nombre. Nous partîmes bien contents , sans penser au mal , pour Ain Gueguel , bled à 15 km de Bou hamama . Après avoir stationné une heure , nous reprenons la route du départ .Nous étions à moitié du chemin . Alors que mes pensées et attentions étaient complètement sur la piste , très dure et à la marche de mon véhicule , tout d'un coup, j'entends < clac.......siouh.......clac ........siouh... > ma première réflexion : ça tire , embuscade , stopper et sauter du véhicule . Les premières réflexions , malgré que très rapides , ne l'étaient pourtant pas assez pour réaliser la dernière (1) .
Le feu dura environ un quart d'heure et tandis que l’accalmie revenait , le chef de notre section hurlait : Mon lieutenant ! Mon Lieutenant !..... À l'assaut ! A l'assaut !........ Le lieutenant était alors sourd à tous les bruit de la terre ….il avait pris une balle en plein cœur ! ayant fait un acte d'héroïsme , pour aller remplacer le tireur au FM qui était touché au bras .
Pendant que les parachutistes patrouillent , les hommes de garde et les chauffeurs commencent les premiers soins . Ensuite , regardent les dommages des véhicules . Le premier véhicule qui se trouvait à trente mètres des feux ennemis, avait trois ou quatre balles dans la cabine et plein dans la carrosserie ; ce fut le seul ayant eu des morts et des blessés . Le second n'eut aucun dégât, tandis que le mien, en troisième position , je le retrouve avec le pneu avant gauche crevé , le radiateur , la conduite d'huile, d'essence et le filtre à air percés . Une balle dans la portière gauche et dans la caisse . Des prisonniers que nous ramenions d’Aï Guaguel ont été blessés. Pendant ce temps les renforts s'amenaient , l'aviation mitraillait , presque en vain car nos ennemis étaient déjà bien camouflés .
Nous rentrâmes à dix heures du soir et il était nuit . Nous n'avons pas soupé et guère dormi de la nuit . Nous étions très énervés , entendant toujours les balles siffler dans nos oreilles .

1/sauter du camion

 

Algérie 12 novembre .

Dans le bled de Guégla , j'attends le déchargement de mon camion .
Une ceinture escarpée de chaine de montagne entoure ce bled où est campée une compagnie de légionnaires . La pente en face moi est à moitié assombrie par l'ombre de l'après midi , déjà bien avancée. Dans cette pente je distingue une crête bien précise limitée par un ciel azur . Et descendant vers moi de grosses files de blocs de cailloux mouvants , semblent former une enceinte de plus , rapprochée et dangereuse pour ces pauvres prisonniers (1) qui passent une vie isolée de notre monde . En appuyant sur ma gauche , un oasis , un jardin , des oliviers , un paradis terrestre , coupé par un oued , torrent à moitié asséché par les soleils d’Afrique ; c'est pourtant le seul lieu de verdure et où les palmiers montrent leur haute silhouette dans la vallée …...........

1/les militaires du poste

 

SOUVENIRS D'ALGÉRIE

PAYSAGES DE KABYLIE

ce n'est pas l'église duTravet , mais celle du village de Lecourbe, dans la région de Sétif


LE CHEMIN DU TRAVET A ALBI

Séance du 12 may 1843 l'an mil huit cent quarante trois et le douze may le conseil municipal de la commune du Travet réunis sous la présidence de Mr le maire en session annuelle voyant la nécessité de réparer les chemins vicinaux et notamment celui du Travet à Alby qui est devenu impratiquable par la quantité considérable de grosses pierres grises beaucoup plus dures que le caillou qu'on y transporta il y a plusieurs années par l'ordre d'un piqueur auquel on avoit observé qu'elles nétoient nullement nécessaires , puisque le chemin se trouvait gravé par lui même ; et qu'il n'y avait qu'a pratiquer les fossés pour l'écoulement de l'eau ; le dit conseil a unanimement délibéré que cette année celui là devait etre le premier à réparer avec d'autant plus de raison que celle ci en a parfaitement arranger une partie à partir du Travet à Lempéry et qu'il doit être continué à partir de Lempéry jusqu'a Escoute se Plau qui divise la commune avec celle de Terre -Clapier ; le dit conseil observe que se n'est que de Lempéry et vis à vis les Mauquettes qu'il faudra y apporter un peu de cailou , et qu'en suite il n'en a plus besoin jusqu'au ruisseau d'Escoute se Plau ; il faudra donc enlever toute la pierre grise q'on a mise jusqu'au de là du bois du Merle qui seroit plus propre à batir qu'a graver , car tous les voyageurs se plaignent qu'on ne peut pas absolument y passer ; dailleurs c'est une route de grande communication aller par une ligne directe à Albi et allant joindre celle du Trivalou ou calvayrac .
Inutilement on pourroit dire que pour aller à Alby on pourroit passer à Teillet et prendre la grande route . Le dit conseil observe qu'il faudroit deux heures de plus pour faire le trajet , tendisque celui qu'on vient d'indiquer est beaucoup plus court et très pratiquable ; il est donc très urgent d'achever cette réparation déjà entreprise pendant deux ans , et ensuite on s'occupera de celui du Travet à Teillet qui n'est cependant d'aucune utilité pour la commune excepté les propriétaires qui ont des terres à travailler ; Car n'étant plus du canton d'Alban nous n'avons aucune communication pour aller sur cette route qui nous importe très peu ; les communes voisines qui aboutissent toutes par d'autres routes qui les conduisent à Teillet à l'exception de celle de St Antonin qui même ne passe pas dans le village du Travet puisquelle à un chemin plus court au fond du village (3).
Le dit conseil ne se décidera jamais à pratiquer une grande route du Travet à Teillet puisque la commune n'y a aucun interet et d'ailleurs il faudrait acheter du terrain soit en prés soit en jardin démolir des murailles ou fermetures pour deux mille Franc et qu'il n'a aucun moyen pour faire face à cette dépense attendu que les propriétaires se sont formelement refusés à céder le terrain .
Le dit conseil a donc unanimement deliberé que le dit chemin qu'on a classé par érreur sous le N°1 seroit reparé tel qu'il se trouve dans sa largeur qui est convenable puisqu'on peut y passer presque partout avec deux charretes de front d'apres le travail qui fut commancé en mille huit cent trente huit ainsi qu'on le verra par une déliberation du cinq janvier dernier et ont signé les membres du dit conseil fait et délibere dans notre maison commune les jours et mois susdit
De Corneillan Berlou Gasc Raisseguier Farenc fabre avizou maire


Ce chemin allait du Travet à Albi ou plus réellement du Travet à l'autre côté du Lezert : On n'allait pas , comme aujourd'hui tous les jours à la grande ville . Ce chemin desservait surtout St Jean de Prémiac , Roumégoux , Terre Clapier ,et le moulin de l'Escoute sé Plau . Comme il est dit dans le texte , il passait à Lempéry , au dessus des Mauquettes , ( le chemin du Clapier ). Sauf que le Clapier actuel (le Clapier haut ) n'existait pas et s'appelait …...les Vignals ; Quant au Vignals actuel il doit se situer sur la parcelle de ... Maracousse …. et le Clapier bas d'aujourd'hui était le Clapier ancien. C'est un peu compliqué ?…........ pour plus de compréhension voyez , ci-joint , le plan cadastral de 1830 ! ( un peu actualisé)

Le chemin après le Clapier suivait la ligne de crête , bifurquait a droite et rejoignait l'Escoute sé Plau . On peut encore voir l'arrivée du chemin , quelque dizaines de mètres avant le pont . (pour le situer , lorsqu'il pleut beaucoup ce chemin amène de la terre sur la route) . En fait ce vieux chemin n'a jamais été arrangé . Et ce n'est que bien plus tard que l’actuelle route du Travet à Albi , à été aménagé . Cette route existait déjà , elle desservait la ferme du Mas d'Abrial , elle à été simplement élargie jusqu'au grand virage au fond de la vallée et de là , le chemin a été entièrement crée jusqu'au pont de l'Escouto sé Plau (en fait là ou l'hiver , la route est verglacée!). Il se murmurait à cette époque là , mais c'était sans doute des méchantes langues , que si la route d'Albi par le Clapier ne s'était jamais faite , s'était à cause de De Corneillan qui , lui , poussait pour que la dite route passe par le Rouillé ( route actuelle) , parce que une bonne partie de ses terres étaient situées de ce côté . Quant à la route du Travet à Teillet ….......qui ne devais avoir aucune utilité …......Mais tout le monde peut se tromper !!! Il est vrai que cette route ou plutôt ce chemin , était très étroit et bordé de murs dans et à la sortie du village . Le vieux chemin du Travet au Trivalou passait le Lezert à Gué à l'Escoute sé Plau . Il faisait partie de ses nombreuses liaisons entre villages et qui remontent à la nuit des temps . Ainsi , il y avait un autre chemin appelé du Travet à St Jean , passant aussi à Lempéry et aux Mauquettes . Mais au lieu d'aller au Clapier actuel , bifurquait sur la gauche , sur la crête des Gaugnes (1), descendait tout droit au Lezert et sautait le ruisseau sur une planque . On peut voir encore , les grosses pierres qui soutenaient les poutres en bois . Ce chemin très ancien pourrait remonter à l'époque gallo romaine et servir de voie de communication entre , St Jean de Prémiac , où on a retrouvé des vestiges gallo-romain et les mines des Cabanes (Montroc) qui ont été exploitées par les romains. De plus , en bordure de ce même chemin , il a été découvert récemment une pierre à cupule qui pourrait être un menhir (2) , ce qui prouverait l’ancienneté de cette voie .

1/ .Les gaugnes sont de profonds ravins creusés au fil des millénaires par le ruissellement de l'eau de pluie.
2/Cette pierre à cupule est une dalle de granit de la Thomasié , de 2 m 20 x 1 m 20 x 0 .30 , constellée d'une vingtaine de petits trous appelés cupules et qui daterait de l'époque celtique (1000 à 2000 ans avant notre hère ) .Ce genre de monument taillé de main d'homme ,souvent à l'aide de silex, servait peut être à un culte religieux . On le rencontre souvent près de sources , ruisseaux , sur une hauteur et en bordure de voie de communication .
3/Le chemin de St Antonin à Teillet , passait à Lempéry , ensuite la traverse entre les deux routes ,et tout droit par un petit chemin maintenant fermé , jusqu'au cimetière (qui n'existait pas à cette époque ) et rejoignait la route de Teillet. Ce petit chemin s'appelait le chemin des Pescayrous et les plus anciens d'entre nous se souviennent sans doute y être passé pour les processions des Rogations (4), mais il y a très très longtemps !!!
4/ Rogations : Prières publiques et procession , faites pendant les trois jours précédant la fête de l'Ascension , pour attirer sur les champs , la bénédiction du ciel .

 

SÉANCE DU CONSEIL MUNICIPAL DU 23/03/1833

L'an mil huit cent trente trois et le vingt trois mars , le conseil municipal de la commune du Travet , réuni par la convocation du maire en vertu de la lettre de Mr le préfet en date du 28 fevrier dernier au nombre de dix et assisté conformément aux articles 3G et 40 de la loi de 1818 des plus fort contribuables au nombre de neuf ayant observé à mr le maire que leurs propriétés n'étoient nullement respectées , depuis qu'il ny a plus de garde champetre ; que des bestiaux étrangers devoroient les récoltes et les bois ; que même une grande partie des individus de la commune se permettent d'enlever des arbres ,des genets , ou autre bois et de se livrer à toute sorte de maraudage , vu enfin que plusieurs particuliers qui n'ont presque aucune propriété tiennent une quantité considérable de bestiaux et ne respectent rien . . ...Le dit conseil et ses adjoints prient Mr le Prefet de vouloir bien agréer pour garde champetre le sieur Durand Jacques de la Micalié . Voyant qu'il ny à d'autres moyens pour obvier (1) à cet abus . La commune n'ayant aucune ressources pour pourvoir à cette dépense , prie Mr le Préfet de l'hautoriser à s'imposer extraordinairement une somme de cent Francs , pour cet objet , répartie au marc de franc(2) sur l'impot foncier ….....

(1)Obvier : prendre des mesures efficaces pour prévenir un inconvénient .
(2)Au marc de franc : répartition au prorata des créances ou intérêts dans une affaire .

c'était , il y a 179 ans !!!
les "riches" défendaient leurs biens et les" pauvres" ne demandaient qu'a survivre !!!

Nous sommes en 1833 : L'année ou Alfred de Musset écrit les caprices de Marianne , Jules Michelet , son histoire de France et Honoré de Balzac : Eugénie Grandet ( Au fait , savez-vous que le père de h. de Balzac , de son vrais nom Balssa est d'origine Tarnaise )
1833 c'est aussi , la monarchie de juillet , Louis Philippe est roi des Français ( son père Louis Philippe Joseph d'Orléans , avait voté la mort de son cousin , Louis XVI .)
C'est une monarchie vaguement constitutionnelle . C'est aussi le début  , de l'industrialisation du pays et d'une démocratie naissante .
Même si cette démocratie était plutôt réduite : En effet , n'avaient le droit de vote et le droit d'être élus , que les plus gros propriétaires foncier . Au Travet , De Corneillant détenait à lui seul une bonne partie des terres . C'est donc lui qui était surtout concerné par cette affaire .
A cette époque et encore bien longtemps après , les bois avaient une grande importance  , pour la chasse peut être , mais surtout pour le chauffage et la construction , d'ailleurs ils étaient , pour la plus part , la propriété des nobles .
Les champs de genêts ou ginestes ,,étaient aussi , très protégés : ils servaient à chauffer les fours à pain , à couvrir les cabanes et autres hangars et participaient au repos de la terre au moment de la jachère .
Quant aux particuliers qui n'avaient presque aucune propriété : Les plus vieux d'entre nous se souviennent sans doute , il ya plus de 50 ans : de ses bords de route et chemins qui n'avaient nul besoin d'épareuse et autre broyeurs mécaniques , entretenus qu'ils étaient , par le pâturage assidu de quelques vaches et brebis , gagnant leur pitance sur l'espace public !

 

 

LA LÉGENDE DU CHÂTEAU DE BERLAN

C'était il y a fort longtemps, allez savoir, avec la souvenance, peut être trois ou quatre siècles. C'était en tout cas à l'époque des seigneurs, des chevaliers et des châteaux .
Par un après midi déjà bien avancé, on frappe à la porte du presbytère de saint Benoît de Castres. Le vicaire va ouvrir. Deux hommes en armes s'avancent: Que voulez-vous demande le prêtre?
Curé, c'est le seigneur de Berlan qui nous envoie, tu dois nous suivre! Il te fait dire qu'une âme à besoin de toi .
La nuit n'était pas loin, lorsque ils arrivèrent au château de Berlan .
Sans un mot, les hommes du seigneur firent entrer le prêtre, intrigué et plutôt inquiet dans une grande salle obscure. S'habituant au silence et la pénombre, il entendit alors comme un sanglot ou une plainte. S’avançant vers l'autre coté de la pièce, il aperçut une forme humaine, recroquevillée à même le sol .
S’accoutumant peu à peu à l'obscurité, il découvrit alors une jeune femme qui pleurait à chaudes larmes.
Tu dois être bien malheureuse, ma fille, pour avoir tant de chagrin, lui dit le prêtre?
Mais il n’eut pas à attendre la réponse. La porte s'ouvrit, un homme, grand , en armure, s'avança et lui dit: Je suis le seigneur de Berlan. Prêtre je t'ai fait cherché, parce que ma fille, que tu vois là, a trahi et déshonoré notre famille. Elle va mourir......Et elle a besoin de toi......
Mais seigneur, lui dit le prêtre …..
.Silence, curé, fait seulement ton travail.
Et la porte se referma. Le prêtre, alors s'approcha de la pauvre malheureuse, qui entre deux sanglots, lui raconta sa triste et terrible histoire.

IL y avait à cette époque, dans la région de Montredon, deux châteaux, Berlan et Castelfranc. IL y avait aussi deux familles de châtelains, deux clans en guerre. Deux familles qui n'étaient pas du même parti religieux. Vous savez, à cette époque aussi, comme aujourd'hui, au nom du même Dieu, on s'étripait allègrement. Les amis devenaient ennemis et même dans les familles on s'entretuaient.
Mais voila qu'un jour, la fille du seigneur de Berlan, rencontra le chevalier de Castelfranc... Ils étaient jeunes tous les deux, ils étaient beaux et ils s'aimèrent. Les fureurs familiales ne les concernaient pas. Eux, avaient choisi l'amour et non la haine. Ils se retrouvaient en cachette dans les bois de Montredon. Ils devinrent amants et vécurent ainsi, seuls au monde, des moments de grand bonheur.
Hélas, dit la pauvre jeune fille au milieu des pleurs, il y a quelques jours, pour notre plus grand malheur, mon père nous a surpris. Sa colère a été terrible. Depuis, mon bien aimé a disparu et aujourd’hui, je dois payer de ma vie, le déshonneur du seigneur de Berlan.
Horrifié par ce qu'il venait d'entendre, le vicaire se précipita vers la porte en disant, par le Dieu tout puissant, espère ma fille. Je vais convaincre le seigneur ton père du crime qu'il est en train de commettre. Mais il eu beau crier et taper de ses poings, la grosse porte de chêne resta close, elle était fermée à double tour.
Mon père dit alors la demoiselle, je sais qu'il n'y a plus rien à faire, regardez par la croisé et vous comprendrez ! Le prêtre s'avança et ce qu'il vit le glaça d'effroi. Dehors, à quelque centaines de pas en dessous des murs du château, de grandes flammes sortaient de terre. Le four, qui à l'ordinaire servait à fondre les pierres à fer, ce four était prêt à recevoir sa victime expiatoire.
Le pauvre homme d'église compris alors toute l'horreur de la situation. Devant la détermination du père, la détresse et la résignation de sa fille, le prêtre commença alors son travail du sacré. Durant une bonne partie de la nuit, la mort dans l'âme, il prépara la pauvre demoiselle au sacrifice suprême.
Et puis, quelques moment avant l'aube, des hommes en armes sont venus le chercher, pour l'amener dans une autre pièce encore plus obscure. Le pauvre vicaire, bouleversé, sachant ce qui était en train de se passer, se mit alors en prière, jusqu'au bout de la nuit. Ce n'est qu'au point du jour, qu'il fut ramené sous bonne escorte, dans son presbytère de Castres.
Le prêtre ne parla jamais à personne de cette nuit tragique. Ce n'est que de nombreuses années plus tard, devenu curé de Saint Benoît et sentant approcher la mort, peut être aussi pour soulager sa conscience, qu'il racontât à son jeune vicaire cette dramatique histoire .
Entre temps, le malheur continua de frapper Berlan: Maladies, guerres, pillages. Du château, il ne resta bientôt plus que trois pierres debout. Aujourd'hui, seuls quelques pans de la chapelle émergent des ruines .
Cette triste histoire, pourrait s’arrêter là. Mais certains matins, à l'aube naissante, quant le ciel est encore entre la nuit et le jour, et que la brume qui monte de la vallée envahi le plateau, certains soutiennent avoir aperçu furtivement une silhouette blanche de cavalier, galopant silencieusement dans les bruyères. Ce serait, dit-on, le jeune chevalier de Castelfranc qui cherche pour l'éternité à revoir sa bien aimée. Et si vous prenez le chemin qui mène à Bouyrol vous approchant au plus près de l'Agout, vous entendrez peut être un bruit étrange, comme une longue plainte. On dit que c'est la demoiselle du château de Berlan , qui elle aussi et à tout jamais, pleure son amour perdu. A moins que se ne soit, tout simplement, le vent d'autan, faisant chanter les hauts peupliers qui bordent la rivière.
Quant au four, ce four maudit, qui n'a plus jamais servi, il est toujours là, siècle après siècle et dernier témoin de cette tragédie. Mais pour le respect de la pauvre demoiselle de Berlan et pour le repos de son âme, vous ne saurez jamais ou il se trouve !

 

 

 

l'an mille huit cent soixante seize et le vingt sept février , le conseil de la commune du Travet réuni extraordinairement en vertu d'une lettre de Mr le Préfet ….......................Présents Mr Berlou Jean Pierre, maire président , Gasc louis, Résséguier Baptiste , Jammes Barthélémy ,Payrastre Hypolite , Bardou charles , Berlou Paul . …......Mr le Préfét invite la dite assemblée à se prononcer au sujet de la réparation a faire à la passerelle établie sur la riviere du Dadou au lieu dit Rasisse . Le conseil après avoir examiné ladite affaire délibère ce qui suit : La passerelle en question est d'une grande utilité pour les habitants des communes de StAntonin ,Roumégoux,Fauch,Terre Clapier, Le Travet et autres qui se rendent frequemment aux foires de St Pierre de Trévizi , Lacaze etc . Elle est encore très utile aux habitants de Montcouyoul pour se rendre au moulin de Rasisse . Nous approuvons donc a l'unanimité ladite réparation ; malgré cela la commune étant très petite , pauvre et toujours en déficit , ne peut d'aucune maniere fournir des fonds pour cet objet …........... Vue la situation de la commune , nous serons infiniment reconnaissants à mr le Préfet , s'il voulait bien , en autorisant la dite réparation , nous accorder un secours pour venir en aide aux pétitionnaires qui se proposent de réparer la passerelle établie sur la rivière du Dadou . Donné déliberé au Travet , les jours ,mois et an qui suit . …........................................................................................................................................................................................................ Cette passerelle , dont parle cet extrait du conseil municipal , n'existe plus . Elle était constituée de quelques poutres en bois et était située sur les restes de l'ancien pont de Rasisse ,quelle avait remplacé . Ce n'est que bien après 1900 que fut construit le pont que les plus âgés d'entre nous ont connu .(voir photo) Le pont en béton et les restes du vieux pont de Rasisse dorment maintenant à quelques dizaines de mètres en amont de la digue , au fond du barrage .

Sur les plus vielles cartes dressées vers 1650 , 1700 (Cassini ou Tavernier) on retrouve seulement trois ponts sur le Dadou : un à Lafenasse , un à Rasisse et l'autre à St Jean de Jeanne .Par contre le Dadou était parsemé de passages ou gués . Ce pont avait il une réelle utilité ? En tout cas il reliait deux régions , le diocèse d'Albi et celui de Castres , la plaine et la montagne et sans doute ,il permettait un échange économique entre le Rouergue et le Bas Languedoc .Il faut savoir aussi que le moulin seigneurial de Rasisse étant à cette époque, un des seuls de la région , il pouvait amener au moulin du seigneur la clientèle de la montagne .

Le vieux pont de Rasisse à connu bien des déboires et pas seulement d'ordres magiques ou sataniques( voir la légende). Plusieurs documents l’attestent : emporté souvent par le Dadou en furie ou mal entretenu , les habitants du Travet ont plusieurs fois demandé sa reconstruction :

Un document de 1786:

Suplient humblement , les consuls du lieux du Travet , vous remontrent que le pont qui est dans le consullat du Travet moitye et l'autre dans le consulat de Moncoquu au diocèse de Castres sur la rivière de Dadou appellé le pont de Rasisse est ruiné en telle sorte que s'il ny est remedy bien tost la ruine causerat la cheute de l'arcade d'ycelui quon averty aussy les consuls dudit moncoquu ont remontré le mesme chose aux desputtés de l'assiette a la diocèse de Castres . Ce consideré vous plaira messieurs tels que vous semblera pour proceder a la visite et verification de la ruine dudit pont puis après par vous en estre ordonné ce que de raison . Cunhasse consul …......

. Document de 1767, recensement des ponts du diocèse, alors que s'organisent les services des ponts et chaussées ,sous l'autorité de l'intendant du Languedoc .

C'est un pont construit en moellons et fondé sur un rocher qui est à découvert dans cet endroit où la rivière est resserrée dans une gorges fort étroite . Il est placé de manière que les eaux dans les crues ordinaires n’atteignent pas la fondation du pont. La voie quoique étroite , est suffisante pour le pais . Pour aboutir au pont il faut descendre du côté d'Alby une montagne fort escarpée et la descente fort difficile .(côté Travet!) C'est cependant un débouché nécessaire pour les communautes de la montagne. Ce pont n'a jamais besoins de grandes réparations . Il est mitoyen avec le diocèse de Castres.

Le représentant de l'intendant a du faire une visite rapide , à moins que la montagne fort escarpée pour y acceder ne l'en ai dissuadé !!! Mais le Dadou est capricieux et une partie du parapet a été emportée cette année là : cette réparation à coûté environ 12 livres et c'est Mr De Corneilla qui à avancé la somme .

Un autre document de la même époque décrit le pont ainsi :

Le pont a tout son parement couvert d'arbustes et de lierre qui ont rongé tous les mortiers. IL convient de recrépir ce pont en entier et d 'arracher tous les arbustes .

Et encore :

L'assemblée paroissiale, réunie devant l'église ,12 mai 1661 supplie le diocese d'Albi de faire le nécessaire en vue de la restauration du pont de Rasisse :

Il y a un pont à Rasisse en très mauvais état qui menace chute et à peine s'il sy peut passer, sy étant perdu beaucoup de bestial , tombé dans ladite rivière . Le diocèse y trouve intêret à cause que c'est un grand passage très fréquenté pour le commerce du Bas Languedoc avec Albi , Montaubant et autre villes du Rouergue(?) qui sont contraintes avec pertes de temps et grand frais de prolonger leur chemin et passer en autres endroits et passages . Le pont est sans anthes (?) et rasé jusqu'au pavé ...et aussi... ce pont sert à toute la montagne pour aller à la ville d'Albi et autres lieux . Il est rasé jusqu'au pavé , les arceaux rompus en certains endroits . Des charrettes , bœufs et chevaux ont été précipités en bas .

 

LES PONTS DE RASISSE

Pour la petite histoire :
D'après la revue Albia Christiana : En 1791 , après la constitution civile du clergé , deux prêtres réfractaires , les Abbés Pujol et Guy , de Roquecourbe pratiquaient clandestinement leur ministère dans notre région . Ils avaient dit la messe à Castagné de Montcouyoul (Montroc) et , dit le chroniqueur , ils furent appelés pour aller voir un malade à Teillet , endroit ou tout était révolutionnaire . En y allant ,on les fit passer par un pont de bois qui causait plus de peur que la guillotine ! Et la revue Albia Christiana de 1910 ajoute : Un passage était aménagé en aval de Rasisse , le Dadou , enserré par de véritables murailles de schiste , prend en ce lieu , les allures d'un torrent et ce n'est point sans une certaine frayeur , que le piéton s'engage sur les poutres qui relient encore les deux rives . L'Abbé Guy et son compagnon , durent passer le Dadou sur cette passerelle et arriver à Teillet par le Travet . ...........Dans les années 1900 le vieux pont de pierre de Rasisse était détruit depuis longtemps , et était réduit à quelques poutres de bois .

 

Le pont de Rasisse , comme tous les ponts, est paré d'une légende et même de deux !

Le pont de rasisse avait été bâti à plusieurs reprises , mais ne tenait jamais . Un jour que le métayer de la Faurié le reconstruisait encore une fois , le diable se présenta .

Il offrit de construire un pont éternel , à la condition que le métayer lui donnât ensuite sa fille en mariage. Celui-ci ayant accepté , le diable édifia le pont, après quoi il alla chercher la jeune fille . Point n'est besoin de dire que le métayer ne voulu plus donner sa fille au diable , qui du se retirer fort mécontent et résolu de se venger .

Il choisit un jour où le métayer passait sur le pont . Alors que notre homme était au beau milieu avec son attelage et sa charrette , le pont s’affaissa subitement au fond de la gorge .Toutefois le métayer sur lequel Dieu veillait , put se sauver ; alors que la charrette et les bêtes , êtres sans âme, étaient emportés par le courant......Et si vous voulez vérifier l'exactitude de ce récit descendez à Rasisse et vous verrez sur chacune des deux rives, les pans de mur sur lequel reposait le pont ........Bien sur , maintenant qu'il y a le barrage , vous ne pourrez rien voir ....Alors …...faites confiance à la légende !

Voici une autre histoire :

Le pont aurait été commandé par le meunier de Rasisse , désireux d'attirer la clientèle de Montcouyoul , qui enrichissait son concurrent du moulin des Cabannes . Le meunier , malin comme un meunier , passa donc un pacte avec le diable :

je te donnerais ma fille ….. si le pont est fini avant que le coq ne chante . Orgueilleux comme un diable , le démon accepta .

Aidé de tous les diablotins , qui toute la nuit , menèrent un train d'enfer dans la vallée , le diable allait achever son œuvre , quand , subitement , quelques instants avant l'aube , le coq chanta ..... Le diable , furieux , dut s'avouer vaincu et quitta Rasisse , menant grand vacarme , avec tous ses diablotins .

Le meunier , tout simplement , avait réveillé son coq à la lueur des torches , pour le faire chanter plus tôt .

Le meunier garda sa fille ...................mais le pont ne fut jamais achevé !

 

les restes du vieux pont

dessins tirés de Le Travet

par J Combelles

photos des années 50 : le dernier pont de Rasisse
Le pécheur est Louis Roumegoux .(De ce pont au château ,le Dadou était le paradis des pécheurs !)